lundi 25 mars 2013

Encore une collaboration

Au risque de me montrer pressant voire oppressant, je signale la parution de ma troisième creepypâte qui se trouve en réalité être la deuxième. Le genre est quelque peu différent de la précédente (qui est en fait la suivante), peut-être j'en entendrai plus de bien. Peut-être même, j'en entendrai quelque chose. Bref, ça s'appelle le Portemanteau, c'est novateur dans le genre (il me semble), ça n'a pas enchanté tout le monde sur le forum mais j'espère enchanter  tout le monde sur la toile. Jetez-y un oeil, ça me fait plaisir...

dimanche 24 mars 2013

Nos commensaux

sujet traité à la manière du moins appliqué des chroniqueurs.

A bien y regarder, il n'y a à mon avis qu'une seule véritable sale bête dans le monde vivant, qui a bien de la peine à se rendre utile pour compenser: c'est le virus. Alors encore une fois, les divers Dr Morphal et al. qui écument le net trouveraient beaucoup à dire sur l'utilité du virus dans la recherche; mais regardez-le, ce salaud! Un virus, c'est à peine vivant. Il se résume à une pincée d'acides nucléiques et quelques misérables enzymes emballés dans une capside ingrate: comme un honnête organite qui aurait subitement décidé de se lancer dans le grand banditisme (idée à creuser par les personnes compétentes, si ce n'est déjà fait). Avec un aspect aussi patibulaire, il ne pouvait être rien d'autre qu'un véritable méchant: et ma foi, c'est exactement ça. Cette petite saleté fait pénétrer son contenu dans son innocente victime et se sert nonchalamment de son intérieur pour se reproduire, l'épuisant en synthèses et réplications; et bien sûr, il n'oublie jamais de tuer son hôte en partant, lui et ses fils perforant sauvagement sa membrane en le quittant. Le virus n'épargne personne, tout le vivant subit sa pression vengeresse.

Tout ceci pour dire qu'on confond allègrement ce type de redoutables bandits, genre parasites et parasitoïdes, avec de très estimables commensaux qui pourraient aisément prétendre au titre d'amis.
Le commensal, nous dit Robert, est notre voisin de table; littéralement, un copain: nous partageons notre pain avec lui. Au sens biologique, c'est un être qui profite de nous sans nous nuire, un genre de semi-parasite ou même de semi-symbiote.
Le premier, c'est le rat. Il est bien sûr vrai qu'il est peu heureux d'en croiser un la nuit au détour d'une ruelle sombre, surtout si l'on est un chihuahua ou autre bestiole ridicule et qu'on a un ratier parmi ses ancêtres. Mais qui ignorerait combien nous croulerions sous nos immondices si les rats n'en finissaient la majeure partie? Le plus important, donc, mais non le plus sympathique.
Le plus sympathique à mon sens, c'est bien évidemment le plus minuscule, le plus insignifiant et le plus inutile; je veux parler du lépisme, dont l'espèce la plus courante par chez nous est le poisson d'argent. Dans certain ouvrage racoleur que je ne nommerai pas, on démontre à grand renfort de prises de vue au MEB quel redoutable nuisible il est (l'usage abusif et ostentatoire du MEB, gadget hors de prix, est un indicateur très juste de la connerie et de la racolerie d'un propos). Ma foi non: cet animal charmant qui vit dans les coins humides du logis se nourrit presque exclusivement de papier, et n'existe sauf exception qu'en nombre réduit. Là où il se trouve, c'est à dire la plupart du temps sous l'évier ou dans les toilettes, il n'endommagera jamais que des vieux magazines ou du PQ. S'il s'en prend à vos originaux de Jésus ou de Confucius, dites-vous que vous l'aurez bien cherché: on ne cache pas de pareils ouvrages dans les toilettes.

Dévions un peu. Qu'est-ce qu'un commensal dans les sociétés humaines ? Un bon camarade. Il y a peu de gens sans qualités, et les qualités du commensal ne sont pas des moindres; ça vaut bien un petit mécénat, quelques épluchures et miettes de pain, un fond de bière dans sa pinte (mais guère plus), pour qu'il veuille bien nous éclairer de sa sagesse. On n'en finirait pas de faire l'éloge des solitaires et des inutiles, alors j'abrégerai: voyez quelle valeur ils ont! Il est de notoriété publique que les créants en sont presque tous. La sagesse se bâtit hors le tumulte de la cité, disons dans un monastère ou autre ermitage, de même que la science et l'art. Même celle qui concerne la cité elle-même...
J'ai carrément oublié de la signer, mais elle est bien de moi.

lundi 18 mars 2013

Nouvelles aventures horrifiques

Je signale, tant que c'est frais (donc pas encore pourri), que Son Altesse Sérénissime Rob Nukem vient de publier, parmi un très grand nombre d'autres histoires méritantes, la nouvelle "L'explorateur du Néant" écrite par votre serviteur.
Il s'agit de ma troisième incursion dans l'univers joyeux et coloré des Creepypâtes, ce qui veut dire que la seconde est toujours en attente. Mais ne nous fâchons pas, j'ai tout mon temps. L'éternité comme qui dirait...

Et comme d'habitude, réactions et menaces de mort sont attendues ici-même.

samedi 16 mars 2013

Entretiens avec le capitaine Kirk

sujet traité d'une manière industrielle.

Aujourd'hui, quelque chose de totalement débile.

Le célèbre capitaine Kirk a fini par descendre de son donjon malgré les mises en garde de Monseigneur Spock. Il est retourné à la vie civile, laissant derrière lui les trépidantes extrapolations spatiales, et dans le logis de sa tendre et chère épouse où il est depuis dérangé à longueur de temps par les journalistes. Moi, je ne vous le cache pas, j'ai aussi tenté d'aller parler en personne au légendaire vainqueur du cosmos, mais comme j'écrasais la palissade de son jardin pour le voir de plus près, il me tapa tellement fort sur le crâne que je dus engager des poursuites (qui évidemment n'aboutirent pas).
Alors, pour se faire pardonner, il a trouvé le moyen de se faire remplacer et, ma foi, c'est assez convaincant:

Ceux qui comprennent bien l'anglais saisiront peut-être des parcelles de vérités profondes dans l'entretien que je reproduis ici (où je joue opportunément le rôle du lieutenant). Moi, je persiste à croire qu'il ignore où il est, qu'il ne sait pas où cette épopée cosmique va le conduire, et qu'il me prend pour un idiot.


Ce premier extrait suffira à apporter des doutes quant à l'identité du remplaçant. Le sujet présente en effet une habileté surprenante à changer de sujet à chaque fois que, dans sa maladresse,il dit quelque chose d'étrange:

Lieutenant: I find you very human, what about MrSpock?
James T. Kirk: I am a human.
Lieutenant: Yes, but I mean, being human as a quality.
James T. Kirk: Lieutenant.. I would like to be a human.
Lieutenant: Aren't you?
James T. Kirk: " Aren't you?"? Am I?
Lieutenant: You just said you was.
James T. Kirk: If I hadn't delayed, it would have been killed.
Lieutenant: You just said you was!
James T. Kirk: Are you explaining Lieutenant? I haven't requested an explanation. Now, as I was about to say, Navigator, plot us a spiral course away from the cube.
Lieutenant: Spooky.
James T. Kirk: Yes, the Controller. The Controller. Who controls? I would like to meet, to see him.

 



Une question semble-t'il très embarrassante:


Lieutenant: Is space as huge as you thought?
James T. Kirk: I'm Captain Kirk. I'm Captain Kirk! I'm Captain Kirk! I'm Captain Kirk! Wilson!
Lieutenant: Calm down! I did not want to hurt you.

James T. Kirk: I am calm. You? Yes, I can see that. Miss Kalomi, you'll have to come back to the settlement and prepare to transport up to the ship.
Lieutenant: Can't you look at me when I'm speaking?
James T. Kirk: Yes I can see any information on the web.



Par un jeu subtil de questions vicieuses, je suis parvenu à le piéger:

Lieutenant: When will we go back to the earth?
James T. Kirk: In exactly four hours, twenty one minutes, Lieutenant.
Lieutenant: Great, I'm so hungry, I could eat an octorock!
James T. Kirk: Report to mess hall.
Lieutenant: Captain Kirk, Ganon and his minions have seized the island of Koridai!
James T. Kirk: I must assume that something's keeping them busy up there. The Klingon ship.
Lieutenant: Is Ganon a Klingon?
James T. Kirk: Yes, I.
Lieutenant: Are you human or klingon?!
James T. Kirk: I am a human.

Lieutenant: Prove it!
James T. Kirk: I've got to go.
Lieutenant: Coward! Coward! You're going nowhere!



J'en ai marre de cette vie. Des solutions glucidiques à inclusion de polymères à tous les repas, et ce Kirk qui radote de plus en plus:


Lieutenant: What's for dinner?
James T. Kirk: We can program our food synthesizer to make any dish.
Lieutenant: I haven't eaten a real lunch for years.
James T. Kirk: No, sir, listen to me. I.
Lieutenant: I WANT SALMON SANDWICH!!!
James T. Kirk: Is something wrong?
Lieutenant: I'M HUNGRY!
James T. Kirk: Report to mess hall.



Mon morceau préféré: le vieux Kirk me surprend par sa maîtrise des langues étrangères. Mais je continuerai à lui parler anglais, par politesse...


Lieutenant: Parlez-vous français?
James T. Kirk: We can speak any language through the Universal Translator.
Lieutenant: That's good, so I'm going to speak this very bad English no longer.
James T. Kirk: Hmm, are you serious?
Lieutenant: I am! That's not a problem, you have the universal translator!
James T. Kirk: I do. It's only the wind and the thunder.
Lieutenant: Comme vous dites.
James T. Kirk: Direction. Direction. It doesn't matter. The way we came.
Lieutenant: Mais utilisez-le, bon sang!
James T. Kirk: I don't know that language.
Lieutenant: Et le Universal translator, alors?
James T. Kirk: Is that Latin?
Lieutenant: Exactly.



Il a fini par comprendre que je représentais un danger pour lui. Je ne sais pas si j'arriverai à m'échapper.


James T. Kirk: Goodbye Lieutenant.. To prevent further conspiracy, you will be removed to separate cells. If there.s any resistance, you'll be given a sedative until you learn co-operation. Doctor Lester will be first. Follow Lieutenant. Ten minutes and it's all going to end at the OK Corral. Well, we're going to wait right here until well after five o'clock. We're not going to move from this spot.
Lieutenant: NOOOOOO!!!!!


Bon, j'en mets un dernier morceau, pour faire joli...

Lieutenant: I'm captain kirk!
James T. Kirk: Welcome aboard, kirk.
Lieutenant: And then who are you?
James T. Kirk: James Tiberius Kirk.
Lieutenant: Papa!


Tout ceci laisse penser que l'humour du futur sera élaboré en collaboration avec des robots: c'est le principe de la grenouille qui s'applique ici. Sur ce je vous laisse: j'ai une évasion à préparer.

On lui dit au revoir et merci.


vendredi 8 mars 2013

Sous-titrage Lourds et Mésentendants (6)

"Assurez-vous que votre vie reste longue et utile, comme un rouleau de papier toilette."

C'est signé Biscuit de la Fortune.
Au fait, il me semble que plus un rouleau est utile, plus il a tendance à se raccourcir... La sagesse sinoïde est contradictoire: pour vivre vieux, vivons cachés (et a fortiori inutiles).
Oui, sinoïde, en forme de chinois, connaissiez pas? Mais laissez-moi néologiser en paix, sacretain!

Montage idiot sur jeu de mots crétin, qu'il fallait bien que je case quelque part. Désolé.

dimanche 24 février 2013

Une histoire du Moyen-Âge - Chapitre VII

Elidine, jugé trop lent, est congédié par son roi. Le duc des Chênaies, qui reprend les choses en main, arrive à prendre Russigrol sans trop de mal. L'armée impériale finit enfin par se mettre en marche: le dénouement est proche.
Je joins un triptyque antique fait pour l'occasion, exceptionnellement publié en taille originale pour achever cette série en beauté (et pour que vous puissiez mieux apprécier les faiblesses du dessin).

L'armée Orquaksienne, ayant pillé et brûlé comme il fallait la cité qu'elle venait de prendre, quitta les lieux sans regret et sans oublier un seul des siens. C'était une ruine déserte qu'ils laissaient derrière eux, provoquant la profonde rancoeur des habitants. On s'achemina très vite vers les vastes tourbières au nord de la Lande, car on rapportait qu'Autar et les siens y étaient déjà, attendant patiemment que leur adversaire se manifeste. La cordialité régnait.
C'était le plus grand rassemblement armé du monde connu. Ils étaient, dit-on, 85 000 côté Orquaksien et 98 000 et quelque côté Fondorien et consorts. De part et d'autre, sachant que tout serait bientôt terminé, l'humeur était joyeuse, pas trop grave, et la détermination assez peu flexible. Les Fondoriens, qui attendaient l'accord de leurs chefs depuis un bon moment, étaient spécialement pressés de se battre; les Crochiens plus réservés pour leur part, ayant de l'empathie pour Skerkop, sommé de se taire une fois pour toutes et de faire ce qu'on lui demandait. Alcide Ampwollen, le mercenaire Palgon, attendait son heure non loin.
Le champ de bataille, pour sa part, était tout plein d'invisibles trous: les fragiles tourbières, camouflées sous leur couche de sphaignes et de droséras, sur lesquelles on ne s'engageait pas sans risquer de s'embourber sitôt. Tout ceci compliquerait agréablement les manoeuvres.
Les troupes furent disposées en vue du combat avec autant de sournoiserie que possible. Autar avait envoyé Skerkop, les Crochiens et les Compagnies Bolbiciennes en plein coeur du dispositif, plaçant sur ses flancs des fantassins légers pouvant aisément comprimer les troupes d'élite que les Orquaksiens ne manqueraient pas d'opposer à ce gros morceau, tels les Espadons, les Hussards ou les Dopfhmilts. Être placé ainsi en appât ne plaisait guère à Skerkop, on s'en doute, et c'est un euphémisme. Il s'agissait en fait d'un genre de châtiment officieux; châtiment qui serait finalement fatal aux deux...
Comme prévu, l'élite Orquaksienne chargea au centre. Non que le Duc n'ait vu venir le piège grossier, mais il avait une grande confiance en ses bêtes de guerre et plus d'une sournoiserie dans sa besace. Le choc fut violent, la mêlée d'une sanglance insoutenable: sans exagérer, ceux qui ne parvenaient pas à parer les coups volaient littéralement en éclats. De plus, comme on pouvait s'y attendre, l'attaque par les flancs eut quelques difficultés. Les Hussards, placés sur les côtés du fer de lance, repoussaient les fantassins qui cherchaient à les enserrer. Enfin, le reste de l'armée avait elle aussi sonné la charge, pressant uniformément la ligne Fondorienne.
Skerkop se battit comme un rat enragé. Toutefois, ses chères Compagnies s'étiolaient et des méats commençaient à apparaître dans ses lignes. En une heure de combat, bien qu'ayant causé au moins autant de pertes chez ses ennemis, l'équivalent de deux compagnies entières gisait au sol. Le chef de guerre, épuisé, se sentit pris d'une sainte colère.
Autar, qui regardait anxieusement le lent recul de son armée dépassée, visa le centre de sa ligne et constata désabusé que Skerkop faisait retraiter ce qu'il restait des Compagnies, usant de la moins prestigieuse piétaille pour couvrir sa fuite et regagner les hauteurs. Voyant que tout commençait à se déliter, le maréchal n'hésita pas à faire exploser la plus violente rage face à l'estermaest qui persistait à trahir. Les deux chefs de guerre se firent face, se balançant des monceaux d'insanités. On les entendit jusqu'au coeur de la bataille, pourtant bruyante entre toutes: on abusait des Crochiens, on ne les traitait guère mieux que des artichauts, ils allaient rentrer chez eux et déclarer l'indépendance; car ce n'étaient guère que des sauvages sans cervelle, qu'on allait massacrer jusqu'au dernier voire qu'on utiliserait comme projectiles. Les deux hommes s'apprêtaient à régler l'affaire par un duel; mais une bonne âme suggéra qu'il était mieux de partir la tête haute et de laisser l'autre régler ses problèmes tout seul.
Et voilà Skerkop qui éloignait ses troupes loin du tumulte, fermant la marche sans se retourner, commentant juste à de vieux camarades la conduite immature de son chef. Que trouverait-il à répondre à ça?
Vexé une fois de trop, Autar saisit un arc et tira dans le dos du traître. Il s'écroula, se vida, et murmura dans son dernier souffle quelques paroles inintelligibles à ses camarades.
L'inutilité de cet acte n'aura échappé à personne. A présent les Crochiens stationnaient, hésitants, devant le corps sans vie de leur chef. Sans attendre leur réaction, Autar se retourna et s'aperçut que tout ceci n'avait pas arrangé son affaire, et que ses troupes ployaient; alors, il ordonna que les officiers et lui-même aillent se placer parmi leurs hommes pour les soutenir de leur présence. Peut-être pensait-il alors qu'il serait plus en sûreté près des Orquaksiens que près des Crochiens, et il n'avait sans doute pas tort.
Sa présence, effectivement, revigora profondément les Fondoriens. Exultant, une foule enthousiaste chargeant à sa droite, il sentait  venir le triomphe et se voyait déjà couronné de lauriers, vainqueur de tout, ennemi et traître. Du traître aussi? Du moins en rêvait-il...



Sortit de nulle part un obscur conscrit scandalisé qui mit brutalement fin aux rêves de gloire du grand maréchal en fichant un long coutelas au coin de ses côtes. Les litiges étaient enfin réglés, et l'assassin disparut dans la bataille, sans doute éminemment satisfait.
Lorsque les phalanges s'aperçurent que leur chef n'était plus, le bref élan qui les avait animées s'évapora prestement. On ne peut dire qu'ils prirent la fuite aussitôt, ce serait mal les juger, mais le poids de leur charge estompé, d'autres chaleureux encouragements leur auraient été bien utiles, et cet accident malencontreux les laissait par ailleurs sans guide et désemparés. Ils perdaient donc en espoir et en énergie, et très progressivement ils furent repoussés en direction de l'est.
De son côté, le duc des Chênaies sentait venir un coup décisif. L'armée ennemie était mûre pour être vaincue; alors, enfourchant son destrier, il partit avec les officiels et la cavalerie lourde pour briser les lignes ennemies et causer leur déroute.
L'élan fut superbe mais stoppé net. On savait bien que les tourbières constituaient un raccourci fort pratique, mais certaines étaient fragiles; et encore, aucune n'aurait pu supporter le poids d'une charge de cavalerie. Seulement, le duc ne vit pas venir celle dans laquelle il vint prestement s'embourber avec toute sa clique hennissante, et il se retrouva subitement immobilisé.
Tout ceci aurait pu rester sans grande conséquence, car l'infanterie continuait à tenir la ligne, et la tiendrait tout le temps qu'il faudrait pour que le duc s'extraie du bourbier. La charge serait assurément moins glorieuse, mais c'est tout.

 
Poussières et taches because of scanner dégueulasse.
 
Hélas pour eux...
Alcide Ampwollen en profita pour se couvrir de gloire. Profitant de leur immobilité, une centaine d'archers montés se précipita sur l'aubaine, tournant autour de la tourbière en décochant des traits mortels.
En quelques minutes, la plupart des cavaliers, dont le malheureux duc des Chênaies, étaient criblées à mort, la face douloureusement étalée dans les sphaignes.
La perte d'un chef est toujours un coup dur, surtout un chef si brillant. Lorsque la nouvelle se répandit parmi les soldats, leur avance ne tarda pas à ralentir, leurs efforts à s'effacer; la panique les prenait. Profitant de cet avantage, les officiers restants de l'armée Fondorienne redoublèrent leurs efforts. Les Crochiens avaient fini par quitter le champ de bataille, une partie de l'armée était en fuite, mais les forces en présence demeuraient suffisantes. En fin de compte, les Orquaksiens, privés de chefs, s'effacèrent poliment, malgré les ultimes tentatives d'offensive par les Dopfhmilts survivants. A la fin de la journée, la colonne faisait de nouveau route vers le sud; il n'en restait que quelque-uns qui erraient sur la lande dévastée en s'efforçant de récupérer tout ce qui pouvait l'être. La joie côté vainqueur était mesurée, mais sans doute pas en raison de la mort d'Autar.
La Bataille des Sphaignes était gagnée.
 
L'historien apprécie qu'une guerre ait des conséquences, car cela en justifie l'étude. Quel pervers je fais, direz-vous, à détailler quelque chose de si indécemment inutile, sans même chercher à lui trouver un sens... Car à la fin chacun s'en fut chez lui, léchant ses blessures, fulminant mollement des promesses de vengeance: le Fondor à peine vainqueur, ayant sauvé trop tard une économie dont il ne restait rien à vrai dire. Ne pas faire la guerre serait revenu au même: les caisses auraient fini de se vider, et les Etats financés n'auraient rien pu dire contre.
La fin fut bien triste. Ce qui restait d'Etat-major, ayant rapporté ce qu'il y avait à dire, reçut de part et d'autre la même réponse d'une froide bouffonerie:
 
"Sa Majesté est très déçue".
 
 
 
 
 
Ce feuilleton-série-serial est à présent terminé. Il aura au moins eu le mérite de m'attirer des dizaines de collégiens en quête de cours sur le Moyen-Âge. Ma vision de cette période (qui n'a pas grand-chose d'historique, admettons-le) ne les aura sans doute pas comblés.
Enfin bon, le folklore de mon adolescence, durant laquelle j'évoquai une première fois la Guerre de la Lande Rugueuse, est encore tout plein de curieux évènements que je pourrais bien revisiter un jour: Paranthromycètes, Cnidaires Savants, Tyrans Célestes, Cités sur la Falaise, Etats Fondés sur le Crime... J'ai un projet à leur sujet. Aventures banales en des contrées ordinaires pourraient bien avoir, un de ces jours, un blog propre... A vous de me dire si ça en vaut la peine.

lundi 18 février 2013

Une histoire du Moyen-Âge - Chapitre VI

L'envahisseur démolit point par point la logistique Fondorienne, s'attaquant ce coup-ci à la cité de Russigrol. Le siège s'éternise tandis que l'on s'enfonce dans l'hiver. Les chevaliers de l'Ermitage, qui traînaient dans le coin, s'apprêtent à tenter une sortie. Tout n'est que joie et légèreté.

Le point de vue de la valeureuse piétaille, qui pour sa part resta sagement dans les murs, résume assez bien ce que fut la charge glorieuse: un désastre; de quoi dégoûter à jamais ces orgueilleux de l'exploit guerrier, quand bien même ils auraient pu encore se dégoûter de quoi que ce soit. Ils auraient pourtant dû le voir venir: le cheval, cet animal ridicule, casse ses pattes en allumettes pressées sous un corps bien trop lourd sitôt qu'on le fait courir sur un terrain un tant soit peu accidenté. Alors dans la boue, et dans des fossés encore... Disons que les soldats sur les murs commencèrent par entendre un grand nombre de projectiles fendant l'air, et tout de suite après un orchestre philharmonique de hennissements apeurés et plusieurs corps tombant lourdement dans un sol mou. Peu de bris ou de chocs métalliques; silence. Ce fut achevé en dix minutes.
Alors que la brume matinale se dissipait, on découvrit que la majeure partie des fiers cavaliers s'étaient pris les pieds dans leur caparaçon ou un carreau dans le ventre avant d'avoir pu atteindre les lignes. La plus grande part des survivants avaient trébuché en tentant de franchir le fossé. La plupart de ceux qui y parvinrent, enfin, furent abattus avant d'avoir pu faire quoi que ce soit. Il n'y eut qu'un survivant, le Grand Maître, et il n'était même pas allé avec les autres. Face à ça, les Orquaksiens eurent achevé de réparer les quelques dégâts dans la soirée, et ne pleurèrent que dix hommes.
Quittons un temps Russigrol, pour nous inquiéter un peu de l'armée impériale, stationnée pour l'heure à Sictarie. Outre que les dissensions ne tarissaient pas, et réveillaient même d'obscures velléités d'indépendance administrative chez les Crochiens, il semblait que, loin au Nord, en Marégie plus précisément, la menace d'un pillage en règle des campagnes commençait à poindre.
Les cavaliers Palgons, sous l'autorité du chef Alcide Ampwollen, comptaient en effet bien profiter du désordre ambiant et de l'absence d'armée pour se remplir les poches des succulentes génoises fourrées de Marégie, entre autres fabuleuses richesses. Les Palgons formaient une féroce cavalerie, maniant l'arc et la sagaie, maîtrisant les manoeuvres à la perfection; et de surcroît très aguerris et endurcis, l'inverse en somme de feu les chevaliers. Ils arboraient, raffinement exquis, diverses têtes coupées de cire ou de plastique pour parfaire leur image.
Alcide Ampwollen, Grand Chef des Cavaliers du Régent (puissante fraction armée de Palgonie), dans une attitude diablement ostentatoire. Il était connu comme un véritable géant, de 2 mètres 20 à 3 mètres 50 selon les sources.
Si certains ont des trucs pour donner à un cheval un air ridicule ou rigolo, qu'ils me fassent signe...
Mais tout hirsute et sanguinaire que pouvait sembler Ampwollen, sa motivation était évidente: l'appât du gain. Pour peu qu'on lui fournisse ce qu'il venait chercher, il n'y aurait aucun mort. On s'engageait donc dans des débats sur le montant du tribut, et cela prit encore une fois pas mal de temps. Ce fut le seigneur Klosch, l'origine même de la guerre, qui trancha, car il avait une idée géniale: si on les payait assez, les cavaliers d'Ampwollen accepteraient sûrement de servir le Fondor en mercenaires; ce qu'assez curieusement ils firent sans rechigner. D'autres chefs d'allure moins terrible auraient encaissé le tribut mais se seraient ensuite retirés dans le nord, voire auraient pillé quand même. Il faut en déduire qu'Ampwollen adorait se battre; il y a des fous partout.
L'affaire était donc résolue et les Palgons, moyennant une solde faramineuse et de conséquents frais de déplacement, vinrent grossir un peu les rangs d'une armée de plus en plus cosmopolite bien qu'immobile. Nous étions alors en mars et pas grand-chose n'avait bougé, d'un côté comme de l'autre.
Et c'est là que j'arrête mes récits en général: trop de temps à remplir, et des idées qui arrivent au compte-gouttes... Ce qui me conduit généralement à l'abandon. Rassurez-vous, je me passerai de détails. Dix-huit mois passent ainsi, Skerkop et Autar qui se gueulent dessus avec leurs partisans, et statu quo à Russigrol, dont les vivres sont décidément très conséquents et les attaquants peu pressés de revoir leurs familles. Quand, au 650ème jour de siège...
Dans son palais, le roi Marc l'Oursin d'Orquaksie, qui suivait d'assez loin le tumulte tout en réglant tranquillement ses petites affaires, venait de perdre patience. Le si redoutable Theodor Elidine, pour avoir passé tant de temps sous de si ridicules remparts, n'était désormais plus à ses yeux que le dernier des incapables. Ses techniques patientes et appliquées n'étaient que démodées et rampantes, et sa façon de porter la toque était tout-à-fait désinvolte. En somme il n'avait plus sa place au front, et son âme damnée le duc des Chênaies ferait sans doute très bien l'affaire. Elidine protesta, se débattit, et on dit même qu'il menaça son roi; mais à la fin, honteux, il dut se rendre. Adressant ses dernières recommandations au Duc, il repartit pour la mer la queue basse en lui remettant sa toque de maréchal, celle bicolore avec ses trois anneaux d'argent. Il en serait presque mort de honte.
En fin de compte, ce changement s'avéra providentiel, car le Duc prit les choses en main avec une brusquerie consommée. Il n'était plus question d'attendre, car il était clair maintenant que la faim n'aurait jamais raison d'une ville si bien nourrie. Faute de pouvoir creuser sous les remparts, on fit monter des mantelets, derrière lesquels s'abritaient des tireurs, ainsi que des béliers couverts propres à résister aux divers jets de pierres, de résine bouillante ou de chatons. L'armée avançait ainsi derrière ses murs mobiles, encaissant des centaines de projectiles sans faillir. Assez vite les tirs cessèrent, car il devenait évident que c'était du gaspillage. Mais alors les Orquaksiens étaient sous les murs, et campaient, littéralement. Mis en petits groupes, ils stationnaient sous leur abri, prêts encore à attendre le temps qu'il faudrait, regardant avec désinvolture la garnison qui ne pouvait rien faire. Certes, on leur jetait parfois une pierre plus grosse que les autres, mais c'était bien insuffisant.
Le repos pris, le Duc donna l'assaut. La porte Sud, bien renforcée, résistait aux efforts qu'on lui imposait, mais donnait des signes de faiblesse. Quant aux murs, les sapeurs s'appliquaient cette fois-ci à les miner depuis la surface, car ils étaient également à l'abri dans leur ombre (l'invention des murailles à forte inclinaison devait par la suite résoudre ce problème, et beaucoup d'autres par la même occasion). Et on grimpait joyeusement sur les échelles, dans un combat bien plus égal et conventionnel que d'habitude: le nombre et la détermination ne tardèrent pas à triompher, et avec une si certaine facilité qu'on se demande pourquoi ça ne s'était pas fait avant. Certes, les pertes s'accumulaient et Elidine aurait aisément dit que son disciple abusait de ses hommes, mais on ne peut pas lui en vouloir: les résultats étaient là. Fin août de la deuxième année de siège, le Grand Gendarme Bortek retiré dans le château décida de se rendre. Le Duc, satisfait, ne trouva rien d'autre à déclarer que ceci: "C'est fait".
Mais, alors que chacun prenait enfin un peu de repos, une estafette paniquée arriva en trombe sur la grand-place avec dans ses bagages une fabuleuse nouvelle: Skerkop et Autar étaient finalement parvenus à un accord. L'armée impériale était en marche.
L'issue de la guerre était proche: ne restait qu'à trouver le lieu de la rencontre.
A suivre une dernière fois!