lundi 11 février 2013

Premier essai: Concluant

C'est fait: je suis un auteur publié sur un site à succès.
Ma terrifiante pâte est maintenant visible par tous. Après tout, il suffisait d'essayer: pour peu qu'on oublie de mettre des fautes d'orthographe, les membres du forum sont plutôt conciliants. Si un jour il vous vient une bonne idée de bonne nouvelle d'épouvante, vous pourrez aussi tenter votre chance...

La nouvelle "Le trompeur et le drogué" vient d'être publiée sur le site Creepypasta from the Crypt. (Vous reconnaîtrez facilement, l'icône ressemble à une tranche de coppa. Sans doute pour rappeler le principal sujet traité?) Les habitués sont invités à me laisser leur avis ici-même s'ils en ont un.

J'ai déjà une autre histoire de validée par les membres, bien meilleure si j'en juge par la fulgurance des réactions (mais pour l'instant en attente), et quelques autres idées en tête. Vous allez dire que j'ai de drôles de fréquentations, n'est-ce pas? Tant pis pour vous; vous ne savez pas ce que vous ratez.

Beaucoup de creepypastas sont basées sur des jeux, mais celui-ci est trop ordinairement étrange pour en produire de convaincantes. N'empêche, ça fait peur!

mercredi 6 février 2013

Le planqué

introspection illustrée, n°3

Je me suis  trouvé un principe particulièrement génial: si le lâche est absolument incapable de faire le bien, il est tout aussi incapable de faire le mal. Depuis, je suis un lâche.
Rien ne me heurte, rien ne me hérisse les cheveux sur la tête - je m'efforce qu'il en soit ainsi. Si on me pose une question, je prends parti d'un côté, puis de l'autre, comme la plus artificielle des dissertations; du moins je tempère toujours mon avis, craignant l'erreur. La réponse est la même: oui et non; le relativisme est facile, mais sûr.
Corollaire: la colère est ridicule, l'intransigeance orgueilleuse; le monde est bien trop plein d'exceptions pour qu'il en soit autrement. Il y a longtemps que j'ai renoncé à prendre parti pour quoi que ce soit d'un peu complexe, vu qu'il y aura toujours une voix goguenarde, sortie de nulle part, pour tirer dans le dos de l'orateur: "Certes, mais..."

Et, malgré ça, chaque jour je me flagelle de manquer d'audace.
Certes non, ce n'est  pas triste! Intranquille serait plus exact, si vous comprenez la référence; mesdames et messieurs les laconistes, salut.

Voilà la référence. Je suis un portraitiste exécrable, alors j'ai laissé quelqu'un faire celui-ci pour moi. Ceux qui ne connaissent pas n'ont qu'à taper Fernando Pessoa sur Guugule, et peut-être prendre connaissance de l'oeuvre de cet immense poète. Source: htmlgiant.com

samedi 2 février 2013

Une histoire du Moyen-Âge - Chapitre V

L'armée d'Orquaksie s'est scindée en deux et s'adonne au pillage pour forcer l'armée du Fondor à réagir. La fraction commandée par Elidine est attaquée par surprise par les troupes de Crochie: croyant l'heure venue, Elidine fait rassembler ses troupes.

Une semaine plus tard, le duc des Chênaies arrivait avec ses troupes dans le campement où l'attendait son maréchal. Lui aussi avait vaincu partout, mais sans rencontrer aucun perfide chasseur embusqué. Pourtant, il était bien sombre son supérieur comme il l'accueillait: du temps avait passé et aucune nouvelle attaque ne se profilait. Aussi, l'armée réunie se remit en marche vers la cité lacustre de Russigrol avec l'intention affichée de faire un triomphe sanglant, qui heurterait peut-être enfin l'ennemi. Comme elle se trompait! La plus puissante armée du monde allait s'engager dans le plus long siège de son temps, siège qui s'étendit sur deux années entières.
L'hiver y fut en fait pour beaucoup. La cité était matériellement bien défendue, mais pas aussi bien que l'était Bonbonnes; la garnison, en fait, était plus abondante, le ravitaillement mieux assuré - des jardins intérieurs fournissaient aux habitants une bonne part de leur pitance, et il y avait en les remparts quelques pâturages, et quantité de poisson dans le lac... Mais l'hiver fut rude, un hiver qui étend partout son gel, jusque dans les actes et les avancées des soldats des deux camps, bien que plus l'un que l'autre.
Or donc le siège commença fin septembre - on ne sait quand précisément - et il fallut bien que les choses s'éternisent avant que le froid ne vienne cristalliser les choses. Simplement, un chef de garnison compétent (le Grand Gendarme Bortek) et la présence charismatique de militaires dits compétents (la commanderie des Chevaliers de l'Ermitage) permit au siège à ses débuts d'afficher un aspect plus conventionnel: les actions de surface se révélèrent inefficaces face aux défenseurs inspirés (et assez nombreux). D'autre part - cruel coup du sort - les sapeurs voyaient leur avancée rendue impossible par le sol rocheux, à une époque où plus aucun explosif n'existait pour faire sauter les protubérances.
Aussi, Elidine et le duc, vexés de devoir faire comme tout le monde, installèrent leur campement avec la ferme volonté de rester jusqu'à ce que les défenseurs soient tous morts de faim; ce qui prendrait forcément pas mal de temps, comme nous l'avons vu.

Plan du siège; type de travaux d'approche engagés à Russigrol, avec échelle casquée.
On décrit toujours ce campement comme suit: une ville entourant la ville. Les commandants de l'armée Orquaksienne avaient-ils été inspirés par les fortifs de Bonbonnes, toujours est-il que, prévoyant les tentatives de sortie, le camp n'était qu'une longue suite de palissades, de fossés et de tentes, savamment emberlificotés (le plan ci-dessus étant fortement élagué). On avait même fait apporter de la redoutable lande des rouleaux de ronces sèches et acérées comme on en trouvait alors des hectares et des hectares. Bien sûr, le duc avait aussi pris soin de faire surveiller les arrières du camp, usant des mêmes stratagèmes, pour le cas où l'armée impériale arriverait sans prévenir. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle ne se montra pas pendant toute la durée du siège, soit, rappelons-le, plus de deux ans. Les longues procédures pour punir l'estermaest de sa "trahison" avaient semé une certaine confusion dans l'état-major, divisé en pro- et anti-Skerkop, et l'armée fut incapable d'aucun mouvement cohérent pour une durée interminable. D'autant que d'autres problèmes vinrent se fixer pour parfaire l'ensemble, mais nous y reviendrons...
Le siège durait ainsi depuis pas loin de deux mois et le froid commençait à faire son apparition, rude et gerçant. Pendant cette durée, pas d'action notable: si l'on entendait du bruit ou de la fureur, ce n'était jamais pour longtemps et venant de toute façon de tout petits officiers qui voulaient conduire leurs propres hommes en dépit des ordres. Or un jour, vers fin novembre, alors que le sol givré donnait à la terre un éclat céleste, les portes s'ouvrirent. Ce n'était pas en brandissant le drapeau blanc: il s'agissait bien d'une troupe nombreuse et déterminée venue briser nonchalamment les minables palissades de l'ennemi pour le renvoyer à la mer.
Il est temps de préciser quelque peu ce que sont les Chevaliers de l'Ermitage, car ce sont eux qui menèrent la charge. Les Chevaliers étaient de grands romantiques qui s'étaient conçu une image de fameux guerriers; concept parfaitement artificiel du reste, puisque d'invention intégralement récente. Parmi cette caste, ceux de l'Ermitage étaient les plus exacerbéristes des principes les plus draconiens (comme de se décrire avec des termes alambiqués); ainsi, tous grands guerriers fanatiques qu'ils se voulaient, la plupart d'entre eux n'avaient jamais combattu. Ces romantiques avaient en effet des idées autrement plus originales: dès le jour de leur intronisation, ils se retiraient en rase campagne, seuls ou avec quelques camarades, et passaient alors leur vie à s'entraîner, rigoureusement mais sans adversaire. Quand résonnait l'appel aux armes - c'était d'ailleurs la première fois depuis la fondation de l'Ordre - ils quittaient leur retraite, se rassemblaient à la commanderie et s'efforçaient de livrer un unique combat héroïque où ils devaient tous mourir avec de nombreuses victimes à leur actif. L'Ordre avait alors une vingtaine d'années et pas une seule victoire ni même bataille dans ses annales. Cette charge était le tout premier combat de ces chevaliers à peine sortis de leur cellophane.
Ainsi donc, le Grand Gendarme voyait s'éloigner une bonne partie de sa garnison, partie très charismatique et à même de maintenir l'ordre dans ses rangs à grand renfort d'oraisons chauvines. Il les vit disparaître dans la brume, longeant les rives du lac où, paraît-il, les fossés étaient moins profonds. On se demandait alors, oubliant soudain quels excellents soldats ils prétendaient être, si leur succès était si certain.
A suivre: deux épisodes en plus, avec fin du gros siège puis grosse bagarre dans la boue.

jeudi 24 janvier 2013

Terrifiante Pâte

On apprécie de se faire peur, mais faire peur aux autres est encore plus jouissif. C'est ce que je tente de faire actuellement, mais j'attends l'approbation des membres du forum du Bienveillant Baraqué Blond (BBB). Je vous signalerai si ça se publie.
En attendant, voici un extraordinaire ersatz bien kriipi; traumatisez-vous bien.
 
D'étranges et terrifiantes créatures dans les bois. J'ai pris cette photo en octobre 1895 durant mes congés d'été, dans la forêt de Flanverdon (Jura). Je n'ai depuis plus jamais été le même.

Pour information, cette photo maudite (on se met à rêver d'un couple d'asiatiques dansant le tango si on la regarde trop) a déjà été publiée dans un autre blog, dont je fus l'un des plus estimés rédacteurs. L'endroit est aujourd'hui à l'abandon, le journal mort et enterré depuis bien des années, et on dit que d'étranges phénomènes s'y produisent, etc.

mercredi 16 janvier 2013

Une histoire du Moyen-Âge - Chapitre IV

J'achève un semestre, j'en suis sorti vivant. Peut-être même victorieux! Pour fêter ça, un nouvel épisode de notre histoire historique, où l'on verra un peu d'action et une sorte de trahison.
Résumé: Theodor Elidine débarque et prend la ville de Bonbonnes en moins d'une semaine. L'armée Fondorienne et ses auxiliaires ne manifeste aucun mécontentement; en somme, tout va pour le mieux.

Mais que faisait-elle alors, l'armée Fondorienne, voilà une question qui agace bien des érudits (c'est la question embarrassante de l'élève perspicace, et qui dépasse l'entendement du rhéteur). Eh bien, simplement, l'armée Fondorienne ne savait pas quoi faire: géant bicéphale, chaque entité en elle faisait entendre sa voix, et, à proprement parler, on n'entendait rien dans le vacarme. Les disputes bien connues entre Skerkop et Autar redoublaient de violence dans l'urgence du combat: le Crochien était alors d'avis qu'on se lance dans la mêlée, tandis que le Fondorien comptait bien attendre qu'une bonne occasion se présente, faisant confiance pour l'instant aux brillantes fortifications qu'il avait contribué à concevoir. Toujours est-il que personne ne semblait pouvoir trancher, et les débats s'éternisaient.
Qu'à cela ne tienne, pensa Elidine, nous pouvons leur forcer la main. Sûr de lui, il ordonna que l'on scinde l'armée en deux: une partie, commandée par lui-même, briserait les villages de l'Ouest, l'autre, confiée au Duc des Chaînaies, ceux de l'Est. Des espions préviendraient les deux fractions sitôt qu'un rassemblement serait en vue en face.
Ainsi donc, la grande armée se trouvait contrainte et forcée d'aller par la lande en terrorisant les habitants. Les pillards enfonçaient les villages fortifiés les uns après les autres, écrasant au besoin les milices paysannes chaque fois qu'elles avaient le courage de se former, et ramassant au passage quantité de trésors d'intérêt tels que sacs de blé ou de seigle, garants du moral de la troupe. Dans chaque fraction, la colonne était désormais suivie d'un abondant cheptel, et il n'y avait nulle part de soldats mieux nourris.
Ca alla ainsi pendant un certain temps et toujours plus vers le Nord, jusqu'au jour où une vraie résistance finit par poindre. C'était un soir de septembre, dans certain rempart montagneux, où la joyeuse et victorieuse armée d'Elidine transitait en direction de la ville fortifiée de Russigrol. Ce soir-là, donc, prudent tout de même, le maréchal avait fait envoyer son avant-garde très avant dans un défilé pour prévenir une embuscade qui restait tout de même à craindre. Vieux briscard avait raison: l'ennemi attendait sur les hauteurs. Usant d'une vélocité qu'on ne lui soupçonnait pas, Skerkop, jaillissant de nulle part, déploya ses Compagnies juste en travers du chemin tandis que des auxiliaires jetaient des pierres depuis les flancs. Totalement désemparés, les Orquaksiens tentèrent de reculer en se marchant les uns sur les autres. Les hallebardiers des Compagnies se jetèrent sur eux en silence, parant sans mal les ripostes paniquées et fendant l'air et les cuirasses de même. Le combat fut terminé en peu de temps: réduits à rien ou presque, les éclaireurs firent prestement retraite, laissant derrière eux une centaine de morts et de blessés, entassés comme à la revue.
 Skerkop, qui s'était montré si impitoyable, disparut aussi vite qu'il avait défait l'avant-garde: lorsqu'Elidine arriva sur place pour constater des dégâts, il n'avait pas laissé la moindre trace, si ce n'est il est vrai quelques des siens qui s'étaient révélés un peu moins habiles que leurs petits camarades. Aussitôt, vieux briscard alla quérir les messagers pour qu'on procède au rassemblement.
De son côté, l'estermaest revint auprès d'Autar avec un sourire en coin, triomphant, suffisant et pour ainsi dire insupportable. Il avait joyeusement outrepassé les ordres de son supérieur et, comble d'espièglerie, ramenait une victoire dans ses bagages. Inutile de vous dire que les disputes allèrent encore bon train, plus nettement agressives; le tort devenait personnel. On parlait de bannir l'importun.
A suivre... encore deux épisodes. Peut-être trois.


"Jusqu'au milieu du XIXème siècle, les fusiliers passent la majeure partie de la bataille à recharger leurs armes."
L'illustration de cette semaine n'a aucun rapport (mais aucune explication picturale ne s'imposait!). Simplement, m'inspirant des grands maîtres du genre tels M. Morsual, je m'essaie aux encres. Vous conviendrez que le résultat est affreux (ou, au mieux, très moyen): aussi, je compte sur vous pour me donner conseil, si vous en avez la patience.

lundi 7 janvier 2013

Regrettables lois du hasard

introspection illustrée, n°2

Le créant est bien des fois durant sa carrière confronté à cet épineux problème: donner des noms aux choses. Qu'il soit entomologiste dans la jungle sèche du Mozambique, ou artiste dans sa mansarde, il arrive qu'il soit confronté à un personnage ou un papillon qui, émergeant des fourrés matériels ou des taillis de son esprit, lui soit totalement inconnu et anonyme. Là dessus il lui invente un nom; ce sera Morinsonia jlagarensis ou Hedwardius Nanogorgone.
Et ce nom, d'où sort-il? Moi qui vous parle, j'invente des noms sans savoir comment, au hasard je pense, là où d'autres en trouvent en accord explicite avec son personnage et souvent estampillé rigolo (perfide concierge sera Rusard, sinistre professeur sera Rogue: c'est facilement visible chez Rowling; et ne parlons pas de la cruelle Cruella!). Croyez-le ou non, je pense pour une fois avoir tort dans mes démarches, bien que je ne veuille pas en changer: c'est qu'à vouloir à ce point être vrai, je m'expose aux dures lois du hasard. Mes noms sont tout simplement déjà pris!
Cette expérience frustrante m'est tombée dessus plusieurs fois. Un jour ainsi que mon crayon allait vagabondant sur une étendue blanche, il fit émerger de la feuille un bel et grand insecte que je nommai Chrysoperla anisopoda. Détail important, je classai la fictive bête parmi les plécoptères, ou perles, ces animaux primitifs qu'on voit de bon matin près des eaux claires en été. On ne peut plus logique: c'était une perle (perla) aux ailes d'or (chrysos). Quelle douloureuse blessure je reçus, en voyant qu'un prédécesseur m'avait précédé! Le nom de genre était déjà pris, et, comble de cruauté, était celui des insectes parmi mes préférés que l'on nomme Chrysopes, ces névroptères au corps mou dont les larves dévorent les pucerons et les enfants en bas âge. Cédant aux imprécations du droit d'auteur (et d'une communauté scientifique furieuse de voir un tout petit machin comme moi prétendre leur piquer leurs idées), je me résolus à renommer la chose. Ce fut Chrysoptera anisopoda, et ça eut d'emblée moins de classe, vous en conviendrez. Et encore, chrysoptera est déjà le nom d'espèce d'un passereau exotique ainsi que d'un certain nombre d'autres bestioles variées. J'ignore si ça peut passer, nomenclaturement parlant.
Je refuse de croire que mon inconscient m'a voulu jouer un tour, je lui fais bien trop confiance pour ça. Et après tout, il en est bien incapable, le pauvre.

Chrysoptera anisopoda signifie en latin: allez vous faire empailler, bande de momies rétrogrades.
Nota: je reproche ici à Rowling et autres d'employer des noms rigolos pour les pires ordures. Je m'en excuse: dans une prochaine série, je compte introduire un personnage du nom d'Azine, ce qui n'a en fait rien de ridicule, rien du moins tant qu'on ignore qu'il a pour prénoms Mohammad Alish Gardom...