Nous dansons l'épée à la main, nous l'avançons en rythme comme dans une poitrine ennemie. Quoi, c'est une agression ? Mais nous le faisons en espérant que personne ne soit devant. Ne soyez pas devant et ne vous imaginez pas devant, là, tout ira bien.
Évidemment non, ça n'a pas de but, et surtout pas celui que vous croyez... Et si la première affirmation vous rebute - que faut-il se mettre comme écran devant l’œil pour encore s'offenser qu'il existe en ce monde des choses vaines - dites-vous bien que la seconde l'atténue. S'il n'y a pas de crainte, il n'y a aucun mal.
samedi 28 mai 2016
dimanche 22 mai 2016
Pour un jeu d'écriture.
Le thème était : "écrivez un texte qui transpire tant la gentillesse qu'il en devient malsain".
Citoyens du monde, esclaves, maîtres et bandits, je sais ce que vous traversez. Je sais que la confusion, l'incertitude vous guettent dès lors que le mince voile de votre confort se soulève sous l'ondée de vos mésaventures quotidiennes. La vacuité vous suit et affleure çà et là, pour vous rappeler qu'ultimement vous n'avez jamais su où aller, vous n'avez jamais su sous quel arbre arrêter votre marche. Je suis venu vous apprendre, sinon à répondre à ces questions qui vous angoissent, du moins à ne plus ressentir ce manque de réponses qui vous étrangle et vous limite.
Si vous voulez bien entendre ma parole, je vous aveuglerai, j'éteindrai les visions parasites des contingences terrestres et mettrai sous vos yeux l'évidence qu'il est là, que son étoile qui brille un peu en chaque chose n'attend que d'être suivie par le navigateur égaré. Je suis venu vous offrir l'espoir. Car vous oublierez tout, toutes vos blessures et tous vos malheurs quand vous serez vidés de votre substance, vous oublierez tout et vous ne verrez plus rien si ce n'est votre Dieu. Et vous marcherez continuellement vers sa lumière, dans son sillage, écrasant de vos pieds maigres le sentier et ceux qui, voyant encore, y stationnaient.
Armé de patience, de compassion, de bienveillance, de dévotion enfin, j'offrirai paix et amour à l'humanité, la laisserai marcher derrière moi, et anéantirai tous ceux qui refuseront mon offre.
Citoyens du monde, esclaves, maîtres et bandits, je sais ce que vous traversez. Je sais que la confusion, l'incertitude vous guettent dès lors que le mince voile de votre confort se soulève sous l'ondée de vos mésaventures quotidiennes. La vacuité vous suit et affleure çà et là, pour vous rappeler qu'ultimement vous n'avez jamais su où aller, vous n'avez jamais su sous quel arbre arrêter votre marche. Je suis venu vous apprendre, sinon à répondre à ces questions qui vous angoissent, du moins à ne plus ressentir ce manque de réponses qui vous étrangle et vous limite.
Si vous voulez bien entendre ma parole, je vous aveuglerai, j'éteindrai les visions parasites des contingences terrestres et mettrai sous vos yeux l'évidence qu'il est là, que son étoile qui brille un peu en chaque chose n'attend que d'être suivie par le navigateur égaré. Je suis venu vous offrir l'espoir. Car vous oublierez tout, toutes vos blessures et tous vos malheurs quand vous serez vidés de votre substance, vous oublierez tout et vous ne verrez plus rien si ce n'est votre Dieu. Et vous marcherez continuellement vers sa lumière, dans son sillage, écrasant de vos pieds maigres le sentier et ceux qui, voyant encore, y stationnaient.
Armé de patience, de compassion, de bienveillance, de dévotion enfin, j'offrirai paix et amour à l'humanité, la laisserai marcher derrière moi, et anéantirai tous ceux qui refuseront mon offre.
dimanche 15 mai 2016
Arvak
Au début de sa carrière de petit royaume
insulaire, l'Arvak était le genre de microcosme isolé qui avait tout
pour réussir calmement, sans faire de vagues, sa petite entreprise
solitaire. Une île, trois cents kilomètres du sud au nord, mille
kilomètres d'est en ouest, 65 degrés de latitude nord, 160 degrés de
longitude est, un gros pain dans le coin supérieur droit de la
mappemonde que jamais personne ne dérangerait, dans sa bulle d'humidité
atlantique à l'abri des frimas du nord.
En exploitant les gisements de guano sur les rochers de l'archipel de la Chemise Noire, qui encercle toute la façade sud de l'île principale, les premiers habitants ont pu cultiver les terres dans les vallées. Pour les observateurs étrangers, la Chemise Noire est réputée servir de mur d'enceinte empêchant tout débarquement exotique en Arvak. Il est vrai qu'elle réduit les possibilités de passage à quelques dizaines de passes étroites, et ses récifs sont dangereux. Pour autant, les quelque trente mille habitants qui demeurent après mille ans de colonisation n'ont pas assez de ressources pour les défendre, et du reste, n'ont aucun intérêt à le faire. D'autant qu'il faut compter parmi eux un bon tiers de bouffeurs de lichen, ceux qui se tiennent éloignés de la cité, et l'ignorent.
Si l'on met à part les taxes imposées aux cargos de passage, les urbains vivent des services rendus au touriste recherchant le spleen. Il y a un long parcours à faire, infiniment renouvelable, entre les villes pour la plupart à l'abandon et les campagnes fangeuses où trainent des troupes semi-nomades de bouffeurs de lichen. Le climat est stable, sans saison : ceux-là vont d'une parcelle à l'autre, semant et récoltant le blé, et reprenant leur longue marche jusqu'à revenir à leur point de départ ; si le périple est bien dosé en longueur, un cycle dure le temps que le blé lève et blondisse, et la boucle est bouclée. Sur leur chemin, ils s'arrêtent la nuit dans des tas de pierre recouverts de mousse qui leur servent d'abri. Persuadés de mener une vie bien plus saine que leurs congénères des villes, ils éructent face aux guides et aux curieux. Pousseurs de poussière, qu'ils les appellent.
Mais le touriste peut rechercher autre chose que le spleen. Le passionné d'histoire, en voyant par quelles belles routes, sous quelles belles arches on le conduit, ayant vue sur tant de belles choses au passé manifestement glorieux, ne peut que se demander comment les habitants de l'Arvak en ont pu venir à une telle arriération. Le guide lui répondra tout d'abord qu'ils ont été jusqu'à dix millions sur la grande terre, auxquels on ajoute quelques milliers de ramasseurs de guano dans la Chemise Noire, et que ces dix millions et quelques mille étaient manifestement trop pour se supporter. C'est statistiquement inéluctable : multipliez les gens, vous multiplierez les rencontres et vous multiplierez d'autant les disputes. Il suffisait que parmi ces belligérants ordinaires, on compte un roi et un prétendant, et le reste allait de soi. Ce n'est pas qu'ils aient manqué de chance, la mathématique allait dans le sens de l'auto-destruction.
Et alors ils eurent des partisans, et ces partisans se réunirent en armées ; et ils eurent la plaine de Stunk, ils eurent Innsmot et les marais du délire pour noyer les survivants. Et comme, dans toute cette froide logique, la circonstance réclamait un miracle, ils eurent enfin un événement inattendu, improbable : ils eurent un hiver.
Après deux ans dans la neige, la plupart étaient morts ou en passe de l'être et le climat retrouva sa stabilité. Le guide aime à dire que depuis lors chacun sait qu'il est bon de faire pareil, et de ne plus grandir. Qui l'écoute ? Certes pas le passionné d'histoire ; fasciné par les récits de bataille, il se souviendra des feintes de tel ou tel général, des fabuleux armements pour mener ses combats futurs une fois rentré au pays.
En exploitant les gisements de guano sur les rochers de l'archipel de la Chemise Noire, qui encercle toute la façade sud de l'île principale, les premiers habitants ont pu cultiver les terres dans les vallées. Pour les observateurs étrangers, la Chemise Noire est réputée servir de mur d'enceinte empêchant tout débarquement exotique en Arvak. Il est vrai qu'elle réduit les possibilités de passage à quelques dizaines de passes étroites, et ses récifs sont dangereux. Pour autant, les quelque trente mille habitants qui demeurent après mille ans de colonisation n'ont pas assez de ressources pour les défendre, et du reste, n'ont aucun intérêt à le faire. D'autant qu'il faut compter parmi eux un bon tiers de bouffeurs de lichen, ceux qui se tiennent éloignés de la cité, et l'ignorent.
Si l'on met à part les taxes imposées aux cargos de passage, les urbains vivent des services rendus au touriste recherchant le spleen. Il y a un long parcours à faire, infiniment renouvelable, entre les villes pour la plupart à l'abandon et les campagnes fangeuses où trainent des troupes semi-nomades de bouffeurs de lichen. Le climat est stable, sans saison : ceux-là vont d'une parcelle à l'autre, semant et récoltant le blé, et reprenant leur longue marche jusqu'à revenir à leur point de départ ; si le périple est bien dosé en longueur, un cycle dure le temps que le blé lève et blondisse, et la boucle est bouclée. Sur leur chemin, ils s'arrêtent la nuit dans des tas de pierre recouverts de mousse qui leur servent d'abri. Persuadés de mener une vie bien plus saine que leurs congénères des villes, ils éructent face aux guides et aux curieux. Pousseurs de poussière, qu'ils les appellent.
Mais le touriste peut rechercher autre chose que le spleen. Le passionné d'histoire, en voyant par quelles belles routes, sous quelles belles arches on le conduit, ayant vue sur tant de belles choses au passé manifestement glorieux, ne peut que se demander comment les habitants de l'Arvak en ont pu venir à une telle arriération. Le guide lui répondra tout d'abord qu'ils ont été jusqu'à dix millions sur la grande terre, auxquels on ajoute quelques milliers de ramasseurs de guano dans la Chemise Noire, et que ces dix millions et quelques mille étaient manifestement trop pour se supporter. C'est statistiquement inéluctable : multipliez les gens, vous multiplierez les rencontres et vous multiplierez d'autant les disputes. Il suffisait que parmi ces belligérants ordinaires, on compte un roi et un prétendant, et le reste allait de soi. Ce n'est pas qu'ils aient manqué de chance, la mathématique allait dans le sens de l'auto-destruction.
Et alors ils eurent des partisans, et ces partisans se réunirent en armées ; et ils eurent la plaine de Stunk, ils eurent Innsmot et les marais du délire pour noyer les survivants. Et comme, dans toute cette froide logique, la circonstance réclamait un miracle, ils eurent enfin un événement inattendu, improbable : ils eurent un hiver.
Après deux ans dans la neige, la plupart étaient morts ou en passe de l'être et le climat retrouva sa stabilité. Le guide aime à dire que depuis lors chacun sait qu'il est bon de faire pareil, et de ne plus grandir. Qui l'écoute ? Certes pas le passionné d'histoire ; fasciné par les récits de bataille, il se souviendra des feintes de tel ou tel général, des fabuleux armements pour mener ses combats futurs une fois rentré au pays.
lundi 25 mai 2015
Deuil du sang perdu (complet)
Il est terminé.
Aphorisme d'ouverture
L’homme bourré aura cependant toujours l’esprit assez clair pour se dire :
Il faut que je continue à boire.
Deuil du Sang Perdu
C’est l’histoire d’une personne avec un grand trou dans le ventre.
Ah dame, je me doutais bien que je ne réussirais que ça. Et j’avais de trop grands espoirs, car rien n’était garanti… Mais cela m’est acquis – cette galerie est fraîche, j’y suis seul et sans aide. Je vois mon sang se perdre sur le sol et en fais le deuil, goutte à goutte.
Mon avenir n’était pas de ceux vernissés, et je ne marchais pas vite pour m’en aller quérir un. J’ai vu cet homme qui errait comme moi, mais, trop déçu ou peut-être fou, il marchait armé. J’avais encore quelques deniers de chez mes parents pour ma subsistance, et pour la sienne il m’a percé d’un trait.
À présent fais le deuil de ta vie de merde, me dis-je, et serre le poing gauche – sens-tu la coupure que tu presses ainsi au creux de ta paume ? Elle est honteuse, mais cette honte s’effacera avec toi. La main au ventre fouille l’ouverture et entre de plein pied dans les conforts inconnus. La lumière s’éloigne : je m’enveloppe de velours noir, m’y glisse et m’y endors, étouffé dans ses parois douces.
Ma longue chute commence dans les conforts inconnus. On m’a dit qu’elle n’avait pas de fin, que les parois douces frotteraient et réchaufferaient mon petit corps encore et toujours. Je tombe, encore et toujours dans le velours noir, mais une perception m’agace. La chaleur promise devient-elle brûlante ? Ma longue chute s’accélère. Ma peau se consume là où elle n’est pas ouverte ; le velours me pique, les poils en sont longs et se collent et sèchent et s’arrachent. Le fil collé s’arrache comme d’un ouvrage de couture, et je me découds. Les conforts incessants vont crescendo et sans constance.
La douleur me reprend, et j’entends des choses qui s’affairent. Mes yeux émergent comme d’une eau troublée, et je vois les choses. Cinq choses penchées sur moi ; pas de bouche, ou bien une large bouche blanche ? Et de fines mains d’acier qui s’affairent sur mon tiers médian. Mon tiers médian, gonflé et inerte comme une pierre, qui ne me renvoie plus rien.
La brume se dissipe ; mes sens s’éclaircissent ;
L’évidence s’impose, et j’implore sans espoir :
« Je n’ai pas choisi de partir, mais ne me ramenez pas. »
Isoetes ongulata ssp. semperniger
C’est l’histoire d’un homme assis qui trépigne d’impatience.
Au milieu des parcelles de junkies éructantes et trébuchantes, il y avait un homme qui tenait droit. Son nom était Raoul et André, le drogueur.
Raoul et André glissait parmi eux avec à la main une mallette d'un noir lisse, d'un coin s'écoulait un noir visqueux. Autour de lui ils léchaient, les yeux rougis, les gouttes évadées. Il marchait vers le repaire de vieux routards du voyage immobile sis dans une cave noire voûtée, sous une enseigne faite de faisceaux de néons clairs.
Je l'attendais et n'allais pas avoir à me contenter des gouttes. Il poussa les opiacés et les tabagés, les cokiens et alcoolémites qui encombraient la table pour ouvrir sa mallette noir lisse.
Des Isoetes ongulata de la variété semperniger, fraîchement pêchés dans les marais du délire, petites pelotes de rubans dégoulinants d'une humeur noir visqueux qui protégeait la chose du dessèchement et nourrissait l'imaginaire. Je recueillis la plante au creux de ma main gauche et suçai une des feuilles, je n'avais pas le choix puisqu'on me la tendait.
Le végétal saigné collait et ballottait dans ma paume. Les humeurs noires me donnaient l'impression d'être immergé dans un bassin de matières molles, et jusque sous les ongles et jusque dans le creux des gencives, partout cette pourriture magnifique et triomphante s'insinuait avec force, la morve sombre m'enivrait de rêves de suie et d'humidité.
Le drogueur se troublait, la salle aussi. Ma chaise me donnait l'impression d'être molle et j'enfonçai dans l'assise, et des taches noires parsemèrent les lumières. Le drogueur ricana. Non, le noir ricana. Dans la vase qui recouvrait maintenant ma vue, des songes se mettaient en place, et puis il se retira en me laissant seul devant un voile d'encre.
Un tunnel de gelée sombre, je parcourais les conforts bétonnés. Les faisceaux de matières molles serpentaient en cadence faible comme l'artère d'une horloge, ils m'indiquaient le bout du couloir où le sombre était plus clair. Je sortis dans une pièce ronde ou cardiée, une assemblée de choses diverses cadençait au milieu en agitant des faisceaux de griffes rigides.
Étiez-vous des drogueurs comme Raoul et André? Nous n'en étions plus, disiez-vous. Étiez-vous donc des rêves sans substrat? Probablement. N'aviez-vous donc aucune attache hors les conforts bétonnés? Aucune de connue, nous avions perdu le compte des mondes traversés. Pouviez-vous faute de mieux me rendre l'expérience agréable? Certes, répondiez-vous tout en vous pressant contre moi.
La plante visqueuse ballottait dans ma paume, les démons plantèrent des tubes rigides dans le substrat et, autour, dans les raies et je n'étais plus que fibres. L'assise était pâteuse maintenant, j'y enfonçais peu et grassement. Je me tirai vers la voûte.
Mais déjà la poisse noire s'éclaircissait et se faisait moins... poisseuse? Les griffes me retenaient encore, je me débarrassai de mes fibres. Les démons trébuchèrent en hurlant, au fond du bassin de matières molles, et je nageai vers la surface et j'émergeai un poing rouge, le gauche. La poisse déjà s'éclaircissait et se faisait plus fluide, elle se faisait huile de couleur et séchait en plaques carmin. Les griffes étaient derrière et je m'agitais dans la poisse rouge. Des mots! Tout en élevant le poing j'entendis des mots et une tache de lumière jaune.
Autotomie, Raoul et André, c'est bien ce que tu m'as dit? Autotomie, ce fut un beau voyage. Je sentais maintenant le creux de mes côtes, défait de toutes fibres et très creux. Autotomie, la poisse rouge s'écoule toujours, autotomie, semperruber. Merci Raoul et André, ce fut un beau voyage.
Fin de diapause
C’est l’histoire d’un homme qui, au sortir d’une nuit froide, reboutonne sa chemise et fait face à l’aube.
-Nous y voilà : j’émerge du coma et je me lisse le poil en essayant de prendre un air assuré. Ça ne me convainc pas, et je n’espère plus guère convaincre d’autres.
J’ai laissé fuir ma raison pour une personne, en répandant partout de cette matière répugnante ; et aujourd’hui je courbe l’échine, tentant de rassembler ce qui s’est écoulé au sol. Je vois certes plus le sol que mes débris, déjà absorbés dans l’humus ou bien perdus entre des lattes du parquet. Mes ongles sont encore trop courts pour fouiller l’interstice, et je me souviens m’être blessé parfois en y trouvant des échardes ou des épingles oubliées, qui se logeaient dans ma chair. Pour cela encore je veux bien y mettre du temps et des efforts, mais ce à quoi j’ai échoué face à l’autre ne m’inspire plus guère. J’admets enfin l’impossibilité absolue d’entretenir des relations avec des êtres humains. L’avenir est dort pour ceux qui ignorent leurs semblables, et le sommeil est doux.
Entends-moi bien, je retourne me coucher, et je t’invite à suivre mon geste.
-Pitié non, ne retourne pas te coucher ; il y a une déesse qui traîne par ici et le danger est certain. Pourquoi fuis-tu le danger ? Il y a tant à gagner à se livrer à l’ennemi. Déposer les armes, offrir ce qu’on possède d’un air digne et se satisfaire de la réaction. Des vainqueurs, il en est de tendres !
Mon vieux, il est vrai, je me lasse, car tu réfléchis trop, et il me pèse de devoir me lever chaque jour pour te découvrir chaque jour le même, avec les mêmes lamentations, les mêmes questions irrésolues. Livre-toi enfin à l’ennemi, car je crois qu’il t’attend ; et il est près de se lasser d’attendre, lui aussi. N’essaie jamais de trouver un consensus, car ce n’est pas ce que tu cherches ; ce que tu cherches est par essence conflictuel. Prends tout, ou rends tout. Le temps t’est compté !
-Ta lumière me démange. Ne l’applique pas trop longuement. Veux-tu bien entendre ? Je me suis regardé, et j’en ai regardé d’autres. Deux cas : je suis en-dessous d’eux et je me sens bas ; je suis de leur niveau et je me sens bas. Tous mes espoirs couchés à terre comme des herbes dans le vent, j’ai préféré m’abaisser, retrouver le confort du sol avec un spasme nerveux entre le rire et le sanglot.
-Regarde-la, où est-elle ? Déjà partie.
Que la diapause prenne fin très vite. Le sommeil commence déjà à te souder les paupières.
Le chien à l’attache
C'est l'histoire d'un chien qui, abandonné sur le bord de la route, pense à ce qu'il a perdu et à la place que cela lui laisse pour aller quérir autre chose.
Oh mon maître, je te remercie de ne pas m'avoir gardé par pitié.
Toi grâce à qui j'ai connu les longs jours solitaires passés dans l'impatience de ton retour, les retrouvailles quotidiennes et toujours décevantes - oh mon maître, je haïssais si souvent ces conversations du soir, où je forçais mes traits dans l'espoir d'un su-sucre de ta part. Disais-je, aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais rien connu de plus agréable. L'attente tout le jour, ponctuellement des réconforts le soir, et l'amertume durant la nuit, je crois que cette amplitude me plaisait, et à jamais je te serai reconnaissant de m'en avoir ouvert l'accès.
Oh, les longs jours solitaires, Dieu sait que je les connaissais avant, mon cher maître, mais alors je n'attendais rien, et n'avais jamais ni joie ni désappointement. J'avais toujours été seul et triste, et il m'a fallu ne plus l'être au moins une fois pour m'en rendre compte. Pour cela aussi, je te remercie.
Oh mon maître, rassure-toi, ce n'est pas toi qui m'as attaché, ce n'est pas toi qui m'as abandonné. Moi seul me suis abandonné à toi - avant de me laisser seul ici. L'attache ? Je t'ai demandé cette faveur, tu ne me l'as pas accordée, alors j'ai fait le noeud moi-même, là où j’ai pu le faire.
Je ne veux plus te retrouver, mon maître, mais ne m'en veux pas - au-delà, ne t'en veux pas. Ronger mes liens ? Si seulement j'en étais capable, je rongerais la patte même qui me retient au piquet, je mordrais de mes dents ma chair (que je maudis), comprimerais à l'en rompre l'articulation jusqu'au craquement libérateur. Oserais-je, mon maître ? J'ai tenté une fois et en ai ressenti une grande honte. Tant de moyens de ne pas te faire honneur, mon maître. Je ne me permettrai plus.
Je mets mes crocs à ton seul service, mon maître, car je mordrai les passants à l'endroit où je me suis laissé. Je les mettrai à terre en leur brisant la jambe, et je disposerai d'eux pour tout usage. Car garde ceci à l'esprit, je suis un stupide personnage, un idiot qui t'aimait et dont le plus grand trait de sagesse fut de se laisser éloigner de toi. Je resterai un temps au bout de cette laisse à manger, à petites gorgées, de la chair d'inconnu - je la mangerai pour te faire honneur, toi qui fus mon maître, un honneur ponctuel et sincère de la sorte que je me suis vu offert en ta compagnie.
Et un jour j'aurai maigri assez pour me défaire sereinement de cette attache.
Aphorisme d'ouverture
L’homme bourré aura cependant toujours l’esprit assez clair pour se dire :
Il faut que je continue à boire.
Deuil du Sang Perdu
C’est l’histoire d’une personne avec un grand trou dans le ventre.
Ah dame, je me doutais bien que je ne réussirais que ça. Et j’avais de trop grands espoirs, car rien n’était garanti… Mais cela m’est acquis – cette galerie est fraîche, j’y suis seul et sans aide. Je vois mon sang se perdre sur le sol et en fais le deuil, goutte à goutte.
Mon avenir n’était pas de ceux vernissés, et je ne marchais pas vite pour m’en aller quérir un. J’ai vu cet homme qui errait comme moi, mais, trop déçu ou peut-être fou, il marchait armé. J’avais encore quelques deniers de chez mes parents pour ma subsistance, et pour la sienne il m’a percé d’un trait.
À présent fais le deuil de ta vie de merde, me dis-je, et serre le poing gauche – sens-tu la coupure que tu presses ainsi au creux de ta paume ? Elle est honteuse, mais cette honte s’effacera avec toi. La main au ventre fouille l’ouverture et entre de plein pied dans les conforts inconnus. La lumière s’éloigne : je m’enveloppe de velours noir, m’y glisse et m’y endors, étouffé dans ses parois douces.
Ma longue chute commence dans les conforts inconnus. On m’a dit qu’elle n’avait pas de fin, que les parois douces frotteraient et réchaufferaient mon petit corps encore et toujours. Je tombe, encore et toujours dans le velours noir, mais une perception m’agace. La chaleur promise devient-elle brûlante ? Ma longue chute s’accélère. Ma peau se consume là où elle n’est pas ouverte ; le velours me pique, les poils en sont longs et se collent et sèchent et s’arrachent. Le fil collé s’arrache comme d’un ouvrage de couture, et je me découds. Les conforts incessants vont crescendo et sans constance.
La douleur me reprend, et j’entends des choses qui s’affairent. Mes yeux émergent comme d’une eau troublée, et je vois les choses. Cinq choses penchées sur moi ; pas de bouche, ou bien une large bouche blanche ? Et de fines mains d’acier qui s’affairent sur mon tiers médian. Mon tiers médian, gonflé et inerte comme une pierre, qui ne me renvoie plus rien.
La brume se dissipe ; mes sens s’éclaircissent ;
L’évidence s’impose, et j’implore sans espoir :
« Je n’ai pas choisi de partir, mais ne me ramenez pas. »
Isoetes ongulata ssp. semperniger
C’est l’histoire d’un homme assis qui trépigne d’impatience.
Au milieu des parcelles de junkies éructantes et trébuchantes, il y avait un homme qui tenait droit. Son nom était Raoul et André, le drogueur.
Raoul et André glissait parmi eux avec à la main une mallette d'un noir lisse, d'un coin s'écoulait un noir visqueux. Autour de lui ils léchaient, les yeux rougis, les gouttes évadées. Il marchait vers le repaire de vieux routards du voyage immobile sis dans une cave noire voûtée, sous une enseigne faite de faisceaux de néons clairs.
Je l'attendais et n'allais pas avoir à me contenter des gouttes. Il poussa les opiacés et les tabagés, les cokiens et alcoolémites qui encombraient la table pour ouvrir sa mallette noir lisse.
Des Isoetes ongulata de la variété semperniger, fraîchement pêchés dans les marais du délire, petites pelotes de rubans dégoulinants d'une humeur noir visqueux qui protégeait la chose du dessèchement et nourrissait l'imaginaire. Je recueillis la plante au creux de ma main gauche et suçai une des feuilles, je n'avais pas le choix puisqu'on me la tendait.
Le végétal saigné collait et ballottait dans ma paume. Les humeurs noires me donnaient l'impression d'être immergé dans un bassin de matières molles, et jusque sous les ongles et jusque dans le creux des gencives, partout cette pourriture magnifique et triomphante s'insinuait avec force, la morve sombre m'enivrait de rêves de suie et d'humidité.
Le drogueur se troublait, la salle aussi. Ma chaise me donnait l'impression d'être molle et j'enfonçai dans l'assise, et des taches noires parsemèrent les lumières. Le drogueur ricana. Non, le noir ricana. Dans la vase qui recouvrait maintenant ma vue, des songes se mettaient en place, et puis il se retira en me laissant seul devant un voile d'encre.
Un tunnel de gelée sombre, je parcourais les conforts bétonnés. Les faisceaux de matières molles serpentaient en cadence faible comme l'artère d'une horloge, ils m'indiquaient le bout du couloir où le sombre était plus clair. Je sortis dans une pièce ronde ou cardiée, une assemblée de choses diverses cadençait au milieu en agitant des faisceaux de griffes rigides.
Étiez-vous des drogueurs comme Raoul et André? Nous n'en étions plus, disiez-vous. Étiez-vous donc des rêves sans substrat? Probablement. N'aviez-vous donc aucune attache hors les conforts bétonnés? Aucune de connue, nous avions perdu le compte des mondes traversés. Pouviez-vous faute de mieux me rendre l'expérience agréable? Certes, répondiez-vous tout en vous pressant contre moi.
La plante visqueuse ballottait dans ma paume, les démons plantèrent des tubes rigides dans le substrat et, autour, dans les raies et je n'étais plus que fibres. L'assise était pâteuse maintenant, j'y enfonçais peu et grassement. Je me tirai vers la voûte.
Mais déjà la poisse noire s'éclaircissait et se faisait moins... poisseuse? Les griffes me retenaient encore, je me débarrassai de mes fibres. Les démons trébuchèrent en hurlant, au fond du bassin de matières molles, et je nageai vers la surface et j'émergeai un poing rouge, le gauche. La poisse déjà s'éclaircissait et se faisait plus fluide, elle se faisait huile de couleur et séchait en plaques carmin. Les griffes étaient derrière et je m'agitais dans la poisse rouge. Des mots! Tout en élevant le poing j'entendis des mots et une tache de lumière jaune.
Autotomie, Raoul et André, c'est bien ce que tu m'as dit? Autotomie, ce fut un beau voyage. Je sentais maintenant le creux de mes côtes, défait de toutes fibres et très creux. Autotomie, la poisse rouge s'écoule toujours, autotomie, semperruber. Merci Raoul et André, ce fut un beau voyage.
Fin de diapause
C’est l’histoire d’un homme qui, au sortir d’une nuit froide, reboutonne sa chemise et fait face à l’aube.
-Nous y voilà : j’émerge du coma et je me lisse le poil en essayant de prendre un air assuré. Ça ne me convainc pas, et je n’espère plus guère convaincre d’autres.
J’ai laissé fuir ma raison pour une personne, en répandant partout de cette matière répugnante ; et aujourd’hui je courbe l’échine, tentant de rassembler ce qui s’est écoulé au sol. Je vois certes plus le sol que mes débris, déjà absorbés dans l’humus ou bien perdus entre des lattes du parquet. Mes ongles sont encore trop courts pour fouiller l’interstice, et je me souviens m’être blessé parfois en y trouvant des échardes ou des épingles oubliées, qui se logeaient dans ma chair. Pour cela encore je veux bien y mettre du temps et des efforts, mais ce à quoi j’ai échoué face à l’autre ne m’inspire plus guère. J’admets enfin l’impossibilité absolue d’entretenir des relations avec des êtres humains. L’avenir est dort pour ceux qui ignorent leurs semblables, et le sommeil est doux.
Entends-moi bien, je retourne me coucher, et je t’invite à suivre mon geste.
-Pitié non, ne retourne pas te coucher ; il y a une déesse qui traîne par ici et le danger est certain. Pourquoi fuis-tu le danger ? Il y a tant à gagner à se livrer à l’ennemi. Déposer les armes, offrir ce qu’on possède d’un air digne et se satisfaire de la réaction. Des vainqueurs, il en est de tendres !
Mon vieux, il est vrai, je me lasse, car tu réfléchis trop, et il me pèse de devoir me lever chaque jour pour te découvrir chaque jour le même, avec les mêmes lamentations, les mêmes questions irrésolues. Livre-toi enfin à l’ennemi, car je crois qu’il t’attend ; et il est près de se lasser d’attendre, lui aussi. N’essaie jamais de trouver un consensus, car ce n’est pas ce que tu cherches ; ce que tu cherches est par essence conflictuel. Prends tout, ou rends tout. Le temps t’est compté !
-Ta lumière me démange. Ne l’applique pas trop longuement. Veux-tu bien entendre ? Je me suis regardé, et j’en ai regardé d’autres. Deux cas : je suis en-dessous d’eux et je me sens bas ; je suis de leur niveau et je me sens bas. Tous mes espoirs couchés à terre comme des herbes dans le vent, j’ai préféré m’abaisser, retrouver le confort du sol avec un spasme nerveux entre le rire et le sanglot.
-Regarde-la, où est-elle ? Déjà partie.
Que la diapause prenne fin très vite. Le sommeil commence déjà à te souder les paupières.
Le chien à l’attache
C'est l'histoire d'un chien qui, abandonné sur le bord de la route, pense à ce qu'il a perdu et à la place que cela lui laisse pour aller quérir autre chose.
Oh mon maître, je te remercie de ne pas m'avoir gardé par pitié.
Toi grâce à qui j'ai connu les longs jours solitaires passés dans l'impatience de ton retour, les retrouvailles quotidiennes et toujours décevantes - oh mon maître, je haïssais si souvent ces conversations du soir, où je forçais mes traits dans l'espoir d'un su-sucre de ta part. Disais-je, aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais rien connu de plus agréable. L'attente tout le jour, ponctuellement des réconforts le soir, et l'amertume durant la nuit, je crois que cette amplitude me plaisait, et à jamais je te serai reconnaissant de m'en avoir ouvert l'accès.
Oh, les longs jours solitaires, Dieu sait que je les connaissais avant, mon cher maître, mais alors je n'attendais rien, et n'avais jamais ni joie ni désappointement. J'avais toujours été seul et triste, et il m'a fallu ne plus l'être au moins une fois pour m'en rendre compte. Pour cela aussi, je te remercie.
Oh mon maître, rassure-toi, ce n'est pas toi qui m'as attaché, ce n'est pas toi qui m'as abandonné. Moi seul me suis abandonné à toi - avant de me laisser seul ici. L'attache ? Je t'ai demandé cette faveur, tu ne me l'as pas accordée, alors j'ai fait le noeud moi-même, là où j’ai pu le faire.
Je ne veux plus te retrouver, mon maître, mais ne m'en veux pas - au-delà, ne t'en veux pas. Ronger mes liens ? Si seulement j'en étais capable, je rongerais la patte même qui me retient au piquet, je mordrais de mes dents ma chair (que je maudis), comprimerais à l'en rompre l'articulation jusqu'au craquement libérateur. Oserais-je, mon maître ? J'ai tenté une fois et en ai ressenti une grande honte. Tant de moyens de ne pas te faire honneur, mon maître. Je ne me permettrai plus.
Je mets mes crocs à ton seul service, mon maître, car je mordrai les passants à l'endroit où je me suis laissé. Je les mettrai à terre en leur brisant la jambe, et je disposerai d'eux pour tout usage. Car garde ceci à l'esprit, je suis un stupide personnage, un idiot qui t'aimait et dont le plus grand trait de sagesse fut de se laisser éloigner de toi. Je resterai un temps au bout de cette laisse à manger, à petites gorgées, de la chair d'inconnu - je la mangerai pour te faire honneur, toi qui fus mon maître, un honneur ponctuel et sincère de la sorte que je me suis vu offert en ta compagnie.
Et un jour j'aurai maigri assez pour me défaire sereinement de cette attache.
TdK 2014-2015
mercredi 25 mars 2015
Impressionner l'auditoire
1- Vous extrayez un fait de son contexte et en gardez une trace (tangible ou non).
1bis- Vous vous amusez d'une manière plus ou moins peu commune et en gardez une trace tangible.
2- Vous lui cherchez un sens.
3- Vous obtenez l'estime d'une élite.
Exemple: je dois réellement me baisser pour me voir dans le miroir car celui-ci est accroché trop bas sur le mur (je suis le seul dans cette maison à mesurer 1m85). Je m'en suis rendu compte plus que jamais depuis que je me mire en me demandant si je plais (ce qui me semble très probable, mais c'est une autre histoire).
1- Extraction ; assurément l'étape la plus difficile car elle demande du flair. Ici penser à se rendre compte qu'on se baisse.
1'- Obtention d'une trace ; par ex. deux lignes manuscrites de peinture blanche sur un papier noir glacé, signé du pseudonyme le plus court possible (l'exemple ci-dessus n'est qu'une prévisualisation).
2- Recherche du sens. Elle nécessite un peu de culture et beaucoup d'astuce mais n'a en soi rien de compliqué.
-Pour me voir tel que je suis, je dois courber l'échine == faire preuve d'humilité.
-S'admirer soi-même revient à abaisser sa conscience.
(Pouvoir donner à partir d'un même fait une interprétation et son contraire est toujours merveilleusement racoleur et fait glousser les doctes.)
3- Vendre son œuvre. C'est en fait ici que la plupart échouent ; cela dit je ne qualifierais pas cette étape de techniquement difficile, car je considère que le succès d'une œuvre relève essentiellement du coup de bol. Le procédé est majoritairement stochastique au moins pour le premier essai ; un succès augmentant de beaucoup les chances pour les essais suivants. Un peu de bagout peut aider, cela dit, mais je le considère comme un facteur mineur (tant que l'artiste n'a pas de réputation, son public encore circonspect est capable de deviner sans trop de mal quand on le baratine, la foule ayant été formée à se méfier des inconnus).
mardi 3 février 2015
Le chien à l'attache
C'est l'histoire d'un chien qui, abandonné sur le bord de la route, pense à ce qu'il a perdu et à la place que cela lui laisse pour aller quérir autre chose.
-Oh mon maître, je te remercie de ne pas m'avoir gardé par pitié.
Toi grâce à qui j'ai connu les longs jours solitaires passés dans l'impatience de ton retour, les retrouvailles quotidiennes et toujours décevantes - oh mon maître, je haïssais si souvent ces conversations du soir, où je forçais mes traits dans l'espoir d'un su-sucre de ta part. Disais-je, aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais rien connu de plus agréable. L'attente tout le jour, ponctuellement des réconforts le soir, et l'amertume durant la nuit, je crois que cette amplitude me plaisait, et à jamais je te serai reconnaissant de m'en avoir ouvert l'accès.
Oh, les longs jours solitaires, Dieu sait que je les connaissais avant, mon cher maître, mais alors je n'attendais rien, et n'avais jamais ni joie ni désappointement. J'avais toujours été seul et triste, et il m'a fallu ne plus l'être au moins une fois pour m'en rendre compte. Pour cela aussi, je te remercie.
Oh mon maître, rassure-toi, ce n'est pas toi qui m'as attaché, ce n'est pas toi qui m'as abandonné. Moi seul me suis abandonné à toi - avant de me laisser seul ici. L'attache ? Je t'ai demandé cette faveur, tu ne me l'as pas accordée, alors j'ai fait le nœud moi-même.
-Ronge tes liens et avance.
-Je ne veux plus te retrouver, mon maître, mais ne m'en veux pas - au-delà, ne t'en veux pas. Ronger mes liens ? Si seulement j'en étais capable, je rongerais la patte même qui me retient au piquet, je mordrais de mes dents ma chair (que je maudis), comprimerais à l'en rompre l'articulation jusqu'au craquement libérateur. Oserais-je, mon maître ? J'ai tenté une fois et en ai ressenti une grande honte. Tant de moyens de ne pas te faire honneur, mon maître. Je ne me permettrai plus.
-Ronge tes liens et avance, andouille.
-Je mets mes crocs à ton seul service, mon maître, car je mordrai les passants à l'endroit où je me suis laissé. Je les mettrai à terre en leur brisant la jambe, et je disposerai d'eux pour tout usage. Car garde ceci à l'esprit, je suis un stupide personnage, un idiot qui t'aimait et dont le plus grand trait de sagesse fut de se laisser éloigner de toi.
Je resterai un temps au bout de cette laisse à manger, à petites gorgées, de la chair d'inconnu - je la mangerai pour te faire honneur, toi qui fus mon maître, un honneur ponctuel et sincère de la sorte que je me suis vu offert en ta compagnie.
Et un jour j'aurai maigri assez pour me défaire sereinement de cette attache.
-Oh mon maître, je te remercie de ne pas m'avoir gardé par pitié.
Toi grâce à qui j'ai connu les longs jours solitaires passés dans l'impatience de ton retour, les retrouvailles quotidiennes et toujours décevantes - oh mon maître, je haïssais si souvent ces conversations du soir, où je forçais mes traits dans l'espoir d'un su-sucre de ta part. Disais-je, aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais rien connu de plus agréable. L'attente tout le jour, ponctuellement des réconforts le soir, et l'amertume durant la nuit, je crois que cette amplitude me plaisait, et à jamais je te serai reconnaissant de m'en avoir ouvert l'accès.
Oh, les longs jours solitaires, Dieu sait que je les connaissais avant, mon cher maître, mais alors je n'attendais rien, et n'avais jamais ni joie ni désappointement. J'avais toujours été seul et triste, et il m'a fallu ne plus l'être au moins une fois pour m'en rendre compte. Pour cela aussi, je te remercie.
Oh mon maître, rassure-toi, ce n'est pas toi qui m'as attaché, ce n'est pas toi qui m'as abandonné. Moi seul me suis abandonné à toi - avant de me laisser seul ici. L'attache ? Je t'ai demandé cette faveur, tu ne me l'as pas accordée, alors j'ai fait le nœud moi-même.
-Ronge tes liens et avance.
-Je ne veux plus te retrouver, mon maître, mais ne m'en veux pas - au-delà, ne t'en veux pas. Ronger mes liens ? Si seulement j'en étais capable, je rongerais la patte même qui me retient au piquet, je mordrais de mes dents ma chair (que je maudis), comprimerais à l'en rompre l'articulation jusqu'au craquement libérateur. Oserais-je, mon maître ? J'ai tenté une fois et en ai ressenti une grande honte. Tant de moyens de ne pas te faire honneur, mon maître. Je ne me permettrai plus.
-Ronge tes liens et avance, andouille.
-Je mets mes crocs à ton seul service, mon maître, car je mordrai les passants à l'endroit où je me suis laissé. Je les mettrai à terre en leur brisant la jambe, et je disposerai d'eux pour tout usage. Car garde ceci à l'esprit, je suis un stupide personnage, un idiot qui t'aimait et dont le plus grand trait de sagesse fut de se laisser éloigner de toi.
Je resterai un temps au bout de cette laisse à manger, à petites gorgées, de la chair d'inconnu - je la mangerai pour te faire honneur, toi qui fus mon maître, un honneur ponctuel et sincère de la sorte que je me suis vu offert en ta compagnie.
Et un jour j'aurai maigri assez pour me défaire sereinement de cette attache.
dimanche 1 février 2015
Gaze
C'est un souvenir que j'ai gardé d'une expérience récente et assez honteuse. Avant que j'applique la colle, le sang sur la gaze dessinait des motifs qui rappelaient un test de Rorschach, ce qui m'avait semblé pour le coup assez lourd de sens, sachant dans quelles circonstances j'ai été amené à utiliser ce pansement. L'excès fortuit d'humidité a foutu en l'air ce qui aurait pu être un carré de carton vraiment artsy.
mardi 20 janvier 2015
Devise à qui est dans la mouise
Je suis loin de l'être. Je le fais par générosité pour tous ceux qui le sont.
On voit mieux d'en bas ; la société me prend de haut, mais moi, je peux regarder sous sa robe.
Pour aller plus loin : apprenez-moi cette chanson !
On voit mieux d'en bas ; la société me prend de haut, mais moi, je peux regarder sous sa robe.
Pour aller plus loin : apprenez-moi cette chanson !
samedi 3 janvier 2015
RANDOMSHOOTING#1
À une heure où la création sur Youtube devient professionnelle, RANDOM SHOOTING est un projet de billets d'humeur sans paroles, sans montage, sans idée, et sans intérêt. RANDOM SHOOTING est dédié à Martin Mèche et cet épisode en particulier à une autre personne qui m'est très chère (ci-dessous).
Toute personne reproduisant l'acte de virilité ci-exécuté sera passible de la peine de je suis pas le premier crétin à faire ça madame Courage, demandez-vous plutôt si votre enfant va bien à jouer avec des couteaux.
mercredi 31 décembre 2014
L'humilité du voyageur temporel
Comme au moins quelques-uns j'imagine, j'ai au moins plusieurs fois rêvé partir en prophète vers le passé, considérer l'ignorance des anciens et leur enseigner par avance des choses qui ne seraient établies que des éons et des éons plus tard. Ou bien, faire gagner des causes perdues en leur temps et donner ainsi à l'humanité une avance bienvenue.
Ainsi, je m'imaginai revenu en 1632, assistant au procès de Galilée pour soutenir la thèse tant décriée de l'héliocentrisme (mes recherches venant de me prouver, comme si ça ne suffisait pas, que le véritable reproche de l'Église catholique n'était pas là).
<Galileo Galilei>11:25:32 Et pourtant elle tourne...
<Méchant_inquisiteur>11:25:49 Que marmonnez-vous dans votre barbe, vieux pédant savant ?
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:26:22 Je vous prie de vous taire, pédéraste.
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:26:47 Cet homme a raison.
<Méchant_inquisiteur>11:27:00 miroir pd
<Méchant_inquisiteur>11:27:05 Qu'est-ce qui me le prouve ?
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:27:52 euh...
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:28:01 je l'ai appris à l'école.
C'est là que je me rends compte que, non seulement mon avance ne fait pas de moi un homme intelligent, mais encore j'aurais envoyé au bûcher un homme intelligent.
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| Un homme de bonne volonté. |
Ainsi, je m'imaginai revenu en 1632, assistant au procès de Galilée pour soutenir la thèse tant décriée de l'héliocentrisme (mes recherches venant de me prouver, comme si ça ne suffisait pas, que le véritable reproche de l'Église catholique n'était pas là).
<Galileo Galilei>11:25:32 Et pourtant elle tourne...
<Méchant_inquisiteur>11:25:49 Que marmonnez-vous dans votre barbe, vieux pédant savant ?
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:26:22 Je vous prie de vous taire, pédéraste.
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:26:47 Cet homme a raison.
<Méchant_inquisiteur>11:27:00 miroir pd
<Méchant_inquisiteur>11:27:05 Qu'est-ce qui me le prouve ?
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:27:52 euh...
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:28:01 je l'ai appris à l'école.
C'est là que je me rends compte que, non seulement mon avance ne fait pas de moi un homme intelligent, mais encore j'aurais envoyé au bûcher un homme intelligent.
mardi 9 décembre 2014
Cornus mas (Anecdote À Comprenne Qui Pourra #01)
dimanche 30 novembre 2014
Petit paquet
Aujourd'hui sur le trajet d'une de mes promenades habituelles, entre autres rencontres marrantes
je découvris un petit paquet de matière plastique étroitement attaché à une branche d'arbre.
Le paquet était fait de plusieurs sacs imbriqués et roulés entourant une feuille d'aluminium.
Le papier alu contenait ces quelques mots extraordinairement décevants.
Le feuillet déplié, on y voyait ces motifs d'encre diluée.
Je crois avoir détruit quelque chose qui ne devait pas être trouvé par moi. Faudra que j'invente un truc sur ce mode.
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| Bon goût |
Le paquet était fait de plusieurs sacs imbriqués et roulés entourant une feuille d'aluminium.
Le papier alu contenait ces quelques mots extraordinairement décevants.
Le feuillet déplié, on y voyait ces motifs d'encre diluée.
Je crois avoir détruit quelque chose qui ne devait pas être trouvé par moi. Faudra que j'invente un truc sur ce mode.
jeudi 20 novembre 2014
La page 26-septembre sur l'agenda éterna 1983
Aujourd'hui, une page d'autobio ; ça me permet de ne pas m'entretenir dans la vacuité, ou bien de m'enfoncer dedans. Considérez-la comme un selfie en petits caractères, il n'a de valeur que pour mon ego.
Je redoute à chaque fois cette inertie que l'agenda a en s'ouvrant, lorsque les pages se tournent contre ma volonté sous l'effet d'une reliure trop tendue et s'arrêtent sur le spectacle burlesque-sanguinolent, vieux de maintes années, de la page 2-octobre.* Les pédants voudraient bien y voir une volonté symbolique (s'ils viennent réellement fouiner ici, je prends la tangente) ; d'autant plus fausse que toute interprétation est l'exact inverse de la réalité des choses. Les pages de cet agenda, je les tourne laborieusement, au gré d'idées à dessein, oubliées et enterrées sitôt couchées en électrons. Ma transformation est achevée: le botaniste a pris le pas sur toutes les autres composantes, et tout ce que j'envisage d'ambitieux désormais concerne l'inventaire des géraniums.
Des musiques me donnent la profondément agréable sensation d'être inspiré ; sachant que ces images mentales se dissipent sitôt la piste arrivée à son terme, il ne s'agissait en fait que d'un trip.
De ce fait j'ai cessé de m'admirer, car à présent j'admire les autres (prospectivement, j'aurais dit: je vis à leurs dépens. C'est formellement égal.). Comment me placer au-dessus des interprètes de CS60?** Pas moyen, ce serait comme monter au-dessus de son deltaplane en plein vol. Il en est ainsi de tout.
J'achève mes derniers projets, avec une joie très ponctuelle. Cela fait, je pourrai continuer à profiter des autres en m'efforçant de ne pas trop penser au temps où je me posais en grand créateur et y mettais un peu des moyens nécessaires à mon auto-satisfaction. Rechercher à quelle espèce du genre Sedum appartient la plante grasse sur ma fenêtre me suffira désormais.***
Y a de la fainéantise dans le fait de parler de soi... ou bien, je dis ça pour donner l'impression de conclure?
-Ma gueule.
Je redoute à chaque fois cette inertie que l'agenda a en s'ouvrant, lorsque les pages se tournent contre ma volonté sous l'effet d'une reliure trop tendue et s'arrêtent sur le spectacle burlesque-sanguinolent, vieux de maintes années, de la page 2-octobre.* Les pédants voudraient bien y voir une volonté symbolique (s'ils viennent réellement fouiner ici, je prends la tangente) ; d'autant plus fausse que toute interprétation est l'exact inverse de la réalité des choses. Les pages de cet agenda, je les tourne laborieusement, au gré d'idées à dessein, oubliées et enterrées sitôt couchées en électrons. Ma transformation est achevée: le botaniste a pris le pas sur toutes les autres composantes, et tout ce que j'envisage d'ambitieux désormais concerne l'inventaire des géraniums.
Des musiques me donnent la profondément agréable sensation d'être inspiré ; sachant que ces images mentales se dissipent sitôt la piste arrivée à son terme, il ne s'agissait en fait que d'un trip.
De ce fait j'ai cessé de m'admirer, car à présent j'admire les autres (prospectivement, j'aurais dit: je vis à leurs dépens. C'est formellement égal.). Comment me placer au-dessus des interprètes de CS60?** Pas moyen, ce serait comme monter au-dessus de son deltaplane en plein vol. Il en est ainsi de tout.
J'achève mes derniers projets, avec une joie très ponctuelle. Cela fait, je pourrai continuer à profiter des autres en m'efforçant de ne pas trop penser au temps où je me posais en grand créateur et y mettais un peu des moyens nécessaires à mon auto-satisfaction. Rechercher à quelle espèce du genre Sedum appartient la plante grasse sur ma fenêtre me suffira désormais.***
Y a de la fainéantise dans le fait de parler de soi... ou bien, je dis ça pour donner l'impression de conclure?
-Ma gueule.
*C'est cette page.
**C'est eux.
***Ce n'est pas ça. J'avais tenté Sedum elegans mais c'est plus vraisemblablement une ornementale importée.
lundi 10 novembre 2014
Sur quels sujets être intarissable
-Titres de productions potentielles.
Je mesure le bonheur en joules ; Notre-Dame des Cônes ; Ongles party ; Chimie Purée ; CPPST et alii ; Le Premier Trust des Cocardes ; :dontfeed: [lrqln-update#1].
-La moralité de mes mauvaises lectures.
Celles que j'aime vraiment sont d'un raffinement sans égal, beaucoup d'autres sont débiles et outrancières.
-Les plantes vasculaires.
Plante-t-on des cistes dans les jardins?
-Une irrépressible envie de faire n'importe quoi, tout en étant dans la totale incapacité de le faire.
Toute tentative est décevante, je suis loin d'être le premier à le remarquer.
-L'absence et la vacuité!
Cette conclusion n'est pas pessimiste, car ce n'en est même pas une.
Le génie, c'est de quitter provisoirement le confort pour arriver à plus de confort.
Le non-génie étant de faire des private jokes avec soi-même pour se donner bonne conscience.
Aye aye.
Je mesure le bonheur en joules ; Notre-Dame des Cônes ; Ongles party ; Chimie Purée ; CPPST et alii ; Le Premier Trust des Cocardes ; :dontfeed: [lrqln-update#1].
-La moralité de mes mauvaises lectures.
Celles que j'aime vraiment sont d'un raffinement sans égal, beaucoup d'autres sont débiles et outrancières.
-Les plantes vasculaires.
Plante-t-on des cistes dans les jardins?
-Une irrépressible envie de faire n'importe quoi, tout en étant dans la totale incapacité de le faire.
Toute tentative est décevante, je suis loin d'être le premier à le remarquer.
-L'absence et la vacuité!
Cette conclusion n'est pas pessimiste, car ce n'en est même pas une.
Le génie, c'est de quitter provisoirement le confort pour arriver à plus de confort.
Le non-génie étant de faire des private jokes avec soi-même pour se donner bonne conscience.
Aye aye.
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| Faites n'importe quoi |
jeudi 6 novembre 2014
Le Véritable Album des Conspirateurs de l'Ère Contemporaine et de l'Histoire du Monde Libre (aka VAKECHM)
Le VAKECHM (outre une acrostiche malhonnêtement détournée) est un projet qui, comme à l'accoutumée, se poursuivra à une fréquence infiniment faible mais quasiment constante, l'abandon total et accidentel étant une possibilité à ne pas exclure (cf. Isoetes ongulata). Le premier dessin de la série, originellement destiné à illustrer une des lettres du prince Xavier, est daté de juin. Il y en a eu deux autres en tout et pour tout depuis lors. C't'une honte.
Les planches du VAKECHM illustrent avec maladresse et sincérité quelques grandes figures de la sphère intrigante. Le roi déchu Roberto des Attem (au centre), sa compagne, Yolande Youlank (à droite), et son homme de main favori, Achille (à gauche).
Le traître Keter de Sarcosie - aka, pour une courte période, Keter-Isoleucine - se pavanant devant un cycas.
Le premier grand trust des Cocardes, formé, de gauche à droite, de MM. Porcolant (aka Le Théoricien), Galerfled (aka L'inventeur du Système) et Tribalt (aka Juste le Plus Fort des Trois).
Comme vous pouvez le voir j'ai quelques problèmes de gondulations et de scan. Si dans le premier on pouvait encore croire à une atmosphère enfumée, chez Keter ça devient indécent. En revanche, les trois industriels s'en sont vus dispensés pour une raison que j'ignore, pourtant je craignais le pire en voyant leurs vestes brillantes comme des costumes à paillettes.
Pour toute information ou conseil technique, contactez Xavier Plorc à l'adresse qu'il a dû laisser quelque part.
Les planches du VAKECHM illustrent avec maladresse et sincérité quelques grandes figures de la sphère intrigante. Le roi déchu Roberto des Attem (au centre), sa compagne, Yolande Youlank (à droite), et son homme de main favori, Achille (à gauche).
Le traître Keter de Sarcosie - aka, pour une courte période, Keter-Isoleucine - se pavanant devant un cycas.
Le premier grand trust des Cocardes, formé, de gauche à droite, de MM. Porcolant (aka Le Théoricien), Galerfled (aka L'inventeur du Système) et Tribalt (aka Juste le Plus Fort des Trois).
Comme vous pouvez le voir j'ai quelques problèmes de gondulations et de scan. Si dans le premier on pouvait encore croire à une atmosphère enfumée, chez Keter ça devient indécent. En revanche, les trois industriels s'en sont vus dispensés pour une raison que j'ignore, pourtant je craignais le pire en voyant leurs vestes brillantes comme des costumes à paillettes.
Pour toute information ou conseil technique, contactez Xavier Plorc à l'adresse qu'il a dû laisser quelque part.
dimanche 14 septembre 2014
vendredi 11 juillet 2014
Et le reste, et le reste
Parmi la multitude de doux complots qu'on nous déblatère à longueur de temps, en voilà un qui relève du scandale le plus sublime: comment un rebeu envahit la totalité des publications scientifiques (la main droite fulmine), tout en étant systématiquement relégué au second plan (la main gauche crie à l'injustice). Ce monsieur se prénomme Ali.
Un tour rapide dans une bibliographie usuelle suffira à se persuader du génie du grand homme: il apparaît aux côtés des plus grands auteurs, de tous horizons et de toutes consistances. Physique nucléaire, microbiologie, sciences humaines, il fait feu de tout bois et le plus souvent avec brio. Mais, toujours modeste, il n'est qu'un en-plus, un adventif. Humble qu'il est, son nom n'apparaît même jamais en entier.
Ouvrez votre revue scientifique préférée et vous mesurerez bientôt toute l'étendue de sa compétence.
Signé #T. de Kaulomachie et JR.
Comme Jean-Rachid.
Un tour rapide dans une bibliographie usuelle suffira à se persuader du génie du grand homme: il apparaît aux côtés des plus grands auteurs, de tous horizons et de toutes consistances. Physique nucléaire, microbiologie, sciences humaines, il fait feu de tout bois et le plus souvent avec brio. Mais, toujours modeste, il n'est qu'un en-plus, un adventif. Humble qu'il est, son nom n'apparaît même jamais en entier.
Ouvrez votre revue scientifique préférée et vous mesurerez bientôt toute l'étendue de sa compétence.
Signé #T. de Kaulomachie et JR.
Comme Jean-Rachid.
mardi 24 juin 2014
Jouer, Guerre, Salsifis
Si je m'en vais en guerre contre la paix, cherchera-t-elle seulement à se défendre?
Que je déclare la guerre, et à la seconde même je serai sacré roi - le roi pour au moins quelques instants.
Que je déclare la guerre, et à la seconde même je serai sacré roi - le roi pour au moins quelques instants.
jeudi 12 juin 2014
Quai Rousseau
J'ai fait cette petite vidéo d'exploration pour le site CFTC. Sachant que son retentissement serait de toutes façons nul ou infinitésimal, autant la faire voir par ici aussi...
mardi 6 mai 2014
Camionnette d'un mannequin menacé
Il y avait un mannequin qui, après une longue tournée sur les routes d'Europe, avait décidé de stopper sa camionnette pour dormir un peu et faire le point sur le chemin parcouru.
Il s'était garé sur les quais, il n'a pas bougé du siège conducteur depuis.
Il semblait perturbé et mélancolique, ou du moins pas d'humeur à maintenir l'ordre sur son tableau de bord. Des fétiches reposaient sur la surface ou pendaient au-dessus d'elle.
En vérité, le mannequin n'était que panique et patience, perpétuellement menacé par une bouche à feu maintenue par une douloureuse entrave.
(Sans l'aimable autorisation du propriétaire de ce curieux bordel automobile.)
Il s'était garé sur les quais, il n'a pas bougé du siège conducteur depuis.
Il semblait perturbé et mélancolique, ou du moins pas d'humeur à maintenir l'ordre sur son tableau de bord. Des fétiches reposaient sur la surface ou pendaient au-dessus d'elle.
En vérité, le mannequin n'était que panique et patience, perpétuellement menacé par une bouche à feu maintenue par une douloureuse entrave.
(Sans l'aimable autorisation du propriétaire de ce curieux bordel automobile.)
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